La Ste Trinité

(2001)

50 x 40 cm

L'icône créée par St André Roublev, se réfère à la visite de trois mystérieux personnages à Abraham au Chêne de Mambré (Gn 18,1-15).
Ces trois anges sont assis autour d'une petite table et se regardent. Ils portent des sandales aux pieds et tiennent un bâton à la main : ce sont des voyageurs.
Ils ont des points communs et des différences. Ils se ressemblent et portent des vêtements semblables. Une couleur leur est commune, le bleu, qui est traditionnellement le symbole de la Divinité.
Mais ils portent aussi une autre couleur, " personnelle ", et leurs attitudes diffèrent.
L'ange de gauche se tient droit et la place qu'il occupe est traditionnellement la place d'honneur : à droite de la table.
Vers lui se tournent les deux autres anges et convergent leurs regards. Les éléments auxquels ils sont associés accentuent cet effet : la maison, droite, fait face à l'arbre et au rocher inclinés vers elle.
De même, le bâton que tient cet ange est vertical, alors que ceux des deux autres anges sont de plus en plus inclinés. Il y a un mouvement qui est ainsi initié de la gauche vers la droite.
Cet ange de gauche porte néanmoins les vêtements dont les couleurs sont les plus discrètes (couleurs d'aurore…), et bénit tout aussi discrètement, la main droite posée sur son genou. Comme l'ange de droite, il n'est présenté que de trois-quarts.
L'ange de gauche donne ainsi une certaine impression d'effacement, surtout vis-à-vis de l'ange central dont le bras à la manche gonflée, épouse l'espace " en creux " formé par la silhouette du premier.
Autorité et effacement en même temps. Le Père, origine et source de tout, qui se donne éternellement, en " se retirant ", au Fils comme à l'Esprit.
La maison au-dessus de Lui pourrait être une référence au Temple ou mieux, à " la maison du Père, qui compte de nombreuses demeures " (cf Jn 14,2).
L'ange de droite porte un manteau vert sur sa tunique bleue. Le vert est la couleur de la vie, de la renaissance et en Occident, c'est la couleur du temps " ordinaire " qui est le prolongement de la Pentecôte. Il est incliné vers l'ange de gauche dans un mouvement plein de grâce et de simplicité, mouvement accentué par la forme du rocher qui le surplombe (rocher, montagne : lieu privilégié de toutes les théophanies…). C'est l'Esprit qui donne vie, qui " couve " pour faire grandir toute vie.
A eux deux, ils " doublent " la forme du calice posé sur la table en entourant l'ange central.
Ce dernier porte une tunique rouge à clavus jaune, sous un manteau bleu : ce sont les couleurs traditionnelles du Christ. Il est assis quasiment de face derrière la table-autel. Il a la tête tournée vers l'ange de gauche, tout en ayant le buste légèrement orienté vers celui de droite. Le Fils " qui est tourné vers le sein du Père, lui qui l'a fait connaître " (Jn 1,18).
C'est lui dont les couleurs sont les plus intenses, et qui occupe le plus d'espace sur l'icône. Comme dans les " symboles " des apôtres ou de Nicée, dont l'icône reprend d'ailleurs l'ordre de présentation, de gauche à droite : le Père, le Fils et l'Esprit. Le Fils est celui des trois qui s'est montré aux hommes, celui que l'on " connaît " le mieux.
Il bénit la coupe contenant la tête d'un taureau (dernier rappel du " veau gras " de l'hospitalité d'Abraham), mais le mouvement de son bras et de sa main semble aussi désigner l'ange de droite.
En bénissant la coupe, il atteste qu'il est lui-même le sacrifice offert pour le salut du monde. Par son abaissement et sa mort sur la croix, ce nouvel arbre de vie devant lequel il se détache, il peut envoyer l'Esprit consolateur qui " achève toute sanctification " (Jn 16,7-15).
C'est pourquoi l'icône de la Trinité est aussi une image de la Pentecôte : envoi de l'Esprit-Saint et révélation définitive de la Trinité, au moment de la descente de la troisième Personne Divine.
Le Père est donc à l'origine du mouvement qui vient vers nous et nous relève ; le Fils par sa mort et sa Résurrection nous ouvre le royaume, qui est participation à la vie de Dieu dans l'Esprit-Saint :
" A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné de son Esprit. Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. " (1Jn 4,13-14)
 
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit
Maintenant et pour les siècles des siècles
Amen !
 

(Carte n°14)