WIILLIAM CLARKE QUANTRILL
et le raid de Lawrence

Une étonnante popularité

Simple « incident » de la guerre de sécession, le raid effectué par les guérillas sudistes de William Clarke Quantrill sur la petite ville de Lawrence (Kansas) le 21 aout 1863, est pourtant plus connu du public que tous les exploits de Mosby, Forrest et Morgan réunit ! Le cinéma en porte certainement la plus grande responsabilité. On ne compte plus les « westerns » évoquant plus ou moins la carrière de Quantrill et ses acolytes et plusieurs films ont prétendu « reconstituer » le fameux raid avec plus ou moins de bonheur et généralement le moins d'authenticité possible . Toutefois, le très récent « La chevauchée avec le diable » est beaucoup mieux inspiré et semble enfin donner une vision plausible des hommes et des faits…
Mais qu'en est-il exactement ? Comment s'est réellement déroulée l'attaque de Lawrence ? s'agit -il d'un acte de brigandage gratuit ? D'une vengeance ? D'un crime de guerre ou d'une brillante opération militaire ?

Bushwackers et Jayhawkers

Depuis 1856, une guerre larvée se déroule sur la frontière du Kansas et du Missouri ou partisans et adversaires de l'esclavage, sudistes et nordistes, se déchirent. L'enjeu est avant tout d'apporter un nouvel état à l'un des deux blocs et ainsi accroître sa puissance politique (le Kansas rejoindra l'Union en 1861) . Dès le déclenchement des hostilités « officielles » les rancoeurs et les haines accumulées vont s'exprimer librement et cette région des Etats-Unis va connaître une guerre qui mérite bien le nom de « civile » . Les règles qui régissent les conflits « civilisés » ne vont guère s'y appliquer. Les deux camps vont recruter de nombreux partisans dont beaucoup préféreront se battre chez eux contre leurs voisins et ennemis d'hier. Certains profiteront de la situation pour mener une guerre personnelle dont les mobiles n'ont plus rien à voir avec un éventuel patriotisme mais vont du désir de vengeance à la passion pour le vol et le meurtre. Il va être très difficle de distinguer les uns et les autres dans la lutte qui va se dérouler dans cette région, lutte faites de coups de mains, de pillages et d'assassinats bien plus que de batailles rangées.
Difficile de dire qui est un brigand et qui,  un patriote (un patriote pour les uns est un brigand pour les autres !) L'Editeur du « True republican and sentinel de Sycamore » (Illinois), C.M Chase, de passage sur la frontière au cours de l'été 1863, semble avoir assez bien résumé la situation en décrivant les divers groupes en présence 
: «  Un Jayhawker est un unioniste qui vole, incendie et assassine seulement les rebelles en armes contre le gouvernement. Un Redleg (du nom d'un groupe d'éclaireurs portant des leggings de cuir fauve et organisé par le général US Blunt) est un Jayhawker en uniforme, il est considéré comme un voleur et un meurtrier pur et simple, pire encore que le Jayhawker ou le Bushwacker, car il attaque indistinctement amis et ennemis. Un Bushwacker est un Jayhawker rebelle regroupé en bande qui s'attaque aux propriétés et aux existences des unionistes. Tous sont sans foi ni loi…ils ont instauré un système de banditisme de grand chemin supérieur à tout ce qui a déjà pu existé dans aucun pays … »
Coté nordiste les bande de Jayhawkers d'avant guerre, menées par Jim Lane, Charles « doc » Jennison ou James Montgomery, deviennent des soldats « réguliers » de l'Union (3rd, 4th, 5th et 7th Kansas cavalry) . Elles n'en restent pas moins composées de pillards et de meurtriers. Coté sudiste, les Bushwackers vont bientôt se trouver un chef capable de résister efficacement à ces ennemis :  William Clarke Quantrill.

Les débuts de Quantrill

Quantrill est né à Dover (Ohio) le 31 juillet 1837, ainé de huit enfants. Un de ses oncles était pirate dans le golfe du Mexique, son grand-père, un joueur professionnel et un maquignon pas vraiment honnète, son père, Thomas Henry, fut impliqué dans plusieurs scandales…
Malgré tout, l'enfance se déroule sans incident, le petit William est un garçon charmant. A 16 ans il est diplomé d'une grande école et enseigne bientôt dans celle de Dover. En 1854, le père meurt et Quantrill se retrouve brusquement soutien d'une famille qu'il ne peut faire vivre. Il décide de partir vers l'ouest et d'y faire fortune. Il parcourt l'Indiana et l'Illinois mais échoue dans ses entreprises. Il rentre chez lui en 1856 avant de définitivement s'enfuir (loin de ses créanciers !) et avec la complicité de sa mère, il part pour le Kansas. Un Kansas en pleine agitation ou il espère pourtant acheter une ferme et s'installer. Il fait même état de convictions très nordistes à ce moment mais opère une complète conversion après s'être pris d'amitié avec une bande de conducteurs de chariots originaires du sud qui hantent les saloons qu'il fréquente. Avec eux, il va jusqu'en Utah, prospecte, revient au Kansas. Il visite ou réside à plusieurs reprises dans la ville de Lawrence ou il a quelques ennuis avec la loi. Il se fait aussi des amis dans la réserve des indiens Delawares, toute proche. En 1860, Quantrill s'associe avec une bande de « border ruffians » menée par la famille McGee, plutôt « esclavagiste », puis avec le capitaine Stewart, autre chef de bande mais franchement abolitionniste ! On vole des chevaux … ou des esclaves, en fait tous ces gens « font de l'argent » et c'est bien ce qui intéresse le plus Quantrill à présent. Il a compris que le vol était le moyen le plus rapide de faire fortune !

Naissance d'un « guérilla »


Quand éclate la guerre, Quantrill chevauche avec de nouveaux amis, des Cherokees partisans du sud. Le 10 aout 1861, il est présent avec eux à la bataille de Wilson's Creek (comme Frank James) qui voit les confédérés écraser le général Lyon. Il s'engage ensuite aux cotés du général Price comme simple soldat et va lutter contre la brigade du Kansas de Jim Lane, récemment élu sénateur de l'état. Celui-ci conduit une troupe qu'il a recruté sur la promesse du butin. Les localités du Missouri en font les frais. Le 22 septembre, la ville d'Osceola sur la rivière Osage, est ainsi pillée et incendiée de fond en comble, au moins dix hommes sont abattus, tout cela alors que le tiers de la population était réputée Unioniste, mais peu importe pour Lane, seul le butin compte et à Osceola, il ne s'est pas géné ! Au moment du raid sur Lawrence, certains des hommes de Quantrill hurleront « souvenez -vous d'Osceola ! »  en pillant la ville …
Mais en ce mois de septembre 1861, Quantrill quitte l'armée comme beaucoup d' hommes à l'invitation même de Price, encombré de trop de recrues qu'il ne peut équiper. Dans les Blues Springs, comté de Jackson, Quantrill et un ami, Andrew Walker, rassemblent un petit groupe afin de s'opposer aux exactions des Jayhawkers de la région. L'hiver venu, si Walker et la plupart des hommes rentrent chez eux, ceux qui demeurent vont constituer le noyau de la bande dont Quantrill va  prendre la tête. Pourquoi lui ? Quantrill est excellent cavalier et bon tireur, il a l'expérience de la guérilla comme de la guerre classique ayant fait partie de l'armée régulière, il est courageux, intelligent, éduqué… en bref, c'est un chef né. Quantrill va attirer sans difficulté les nouvelles recrues et aura parfois des centaines d'hommes sous ses ordres, mais en cette fin 1861, ils ne sont que quinze, dont George Maddox et George Todd. Fin janvier 1862, plusieurs gars rejoignent la bande, parmi eux Thomas Coleman Younger, plus connu sous le nom de « Cole » , son père a été assassiné par des miliciens fédéraux du Missouri, un cas presque banal tant les violences commises par les nordistes dans la région constituent une source inépuisable de recrutement pour les guérillas rebelles. Mais ceci ne signifie pas que tous les hommes de Quantrill vont se battre pour la justice ou la vengeance, bon nombre ne sont que des bandits attirés par la perspective du butin. Cependant, pris dans l'engrenage de la violence, tous finiront par y succomber.
A partir du déclenchement des hostilités et malgré ses « prises de position » antérieures, Quantrill adhére définitivement à la cause sudiste. Il adopte un code de l'honneur personnel qu'il entend faire partager à ses troupes : Il tient ses engagements, accepte les redditions, libère ses prisonniers sur parole, essaie même l'échange de prisonniers, et promet la mort immédiate pour qui brutaliserait ou violerait une femme. Bien sûr, il « liquide »  sans pitié tout homme qui lui résiste, civil ou militaire, ceci à la façon de tous les autres chefs de bande, Jayhawker, Bushwacker ou Redleg. Il faut souligner que ce n'est qu'à partir du moment ou les fédéraux déclarent que tous les partisans rebelles ne sont que des bandits et exécutent les hommes de Quantrill capturés (proclamation du général Henry Halleck du 13 mars 1862 en réponse aux déprédations commises par les Guérillas du Missouri) que sa guerre devient sans-quartier. Dès ce moment, on ne fait plus de prisonnier et les meurtres de sang-froid deviennent courant. En face, que l'on porte ou pas l'uniforme bleu, on en fait autant. Peu importe qui a commencé, cela a commencé et la guerre de la frontière Kansas/Missouri ne sera qu'une suite d'actions de vengeances et de représailles en réaction à d'autres vengeances et d'autres représailles !

Premières actions

Le 8 juillet 1862 à Sugar Creek, la bande manque bien d'être détruite mais Quantrill s'en sort de justesse et reprend ses opérations, toujours aidé par les maladresses des fédéraux qui, exaspérés par les insaisissables guérillas, font maintenant la guerre aux civils. Le 22 juillet, le brigadier général Schofield ordonne à tous les hommes du Missouri en age de porter les armes de s'enrôler dans la milice de l'état, milice yankee bien sûr. Le seul résultat obtenu par cette proclamation est de jeter un grand nombre d'hommes pacifiques dans les bras de Quantrill et des autres chefs de bande. Trois cents hommes vont même s'enrôler dans le régiment régulier que forme le colonel confédéré Hays dans la région !
Le 11 aout, Quantrill participe à la prise d'Independance avec une partie de ses hommes aux cotés d'environ 400 soldats sudistes des colonels Hays et John T.Hughes. Au cours de cette action, 26 fédéraux sont tués, 74 blessés et plus de 150 capturés. La réputation de Quantrill en sort renforcée d'autant plus que le lendemain, le colonel Thompson, agissant sous l'autorité du général Hindman, incorpore officiellement la bande au service de la Confédération en vertu du « partisan rangers act » adopté le 21 avril précédent par le congrès sudiste. 120 Bushwackers élisent Quantrill  capitaine, William Haller , premier lieutenant, Todd , second lieutenant…En fait, cela ne change rien aux habitudes et à la tactique des guérillas. Quelques temps plus tard, la ville de Olathe est razziée et une quinzaine d'hommes abattus, Quantrill échappe aux forces fédérales qui se rattrapent en « vivant sur le pays » , c'est à dire aux dépens des sympathisants confédérés.
Rappelons que la bande de Quantrill n'est pas la seule à sillonner la région. Fin septembre 1862, les guérillas du colonel confédéré Joseph C.Porter ont pillé la ville de Palmyra dans le nord-est du Missouri. En représailles, une dizaine de rebelles, ou présumés tels,  sont officiellement passés par les armes le 18 octobre suivant ce qui provoque une vague de colère chez tous les sudistes qui s'indignent de ce « massacre de Palmyra ». Encore un acte qui réclame vengeance.

Au cours de l'hiver 1862-1863, Quantrill passe en Arkansas à la tête de 150 hommes. Les guérillas servent d'éclaireurs à la brigade du Missouri du général Shelby. A la mi novembre, laissant le commandement à Todd, Quantrill part pour Richmond. Il semble que son but essentiel ait été de se faire nommer colonel. Il échouera et passera confortablement la plus grande partie de l'hiver dans la capitale confédérée. Si Quantrill porta effectivement le grade de capitaine de l'armée confédérée, il ne fut jamais nommé officiellement colonel, il s'attribua ce grade de son propre chef au cours de l'été 1864.
Pendant ce temps, Todd, peu fait pour la vie militaire, quitte Shelby et cède le commandement à Gregg. Dégoutés par les batailles de Cane Hill et Prairie Grove, beaucoup de bushwackers rentrent au Missouri par petits groupes. On y retrouve Todd et Cole Younger qui était resté pour soigner les blessés de la bande. Au printemps, ceux qui sont restés auprès de Shelby, et ont enduré les rigueurs d'une dure campagne, retournent au Missouri.

Terreur au Missouri

Au début du mois de mai 1863, un ancien de chez Quantrill , Dick Yeager, mène avec succès un raid contre Council Grove, une petite ville du Kansas. Parmi ses gars, un nommé Bill Anderson qui va bientôt faire parler de lui. Cette action, peu importante en elle-même, prouve toutefois qu'avec un peu d'audace, on peux frapper  l'ennemi au cœur même de son territoire. Quantrill, de retour au Missouri, ne manque pas de le noter avec intérêt…
La situation sur la frontière Kansas -Missouri est épouvantable en ce printemps 1863. La région est dévastée par des bandes des deux camps ainsi que par des groupes de vulgaires bandits. Comme la majorité ne porte pas le moindre uniforme , il est difficile d'attribuer telle ou telle exaction à une bande en particulier, et quand on porte un uniforme, ce n'est pas nécessairement celui de son camp ! La bande de Quantrill, par exemple, affectionne les uniformes bleus volés sur les cadavres yankees. Même les troupes régulières se « laissent aller » . Le « Missouri Republican » raconte ainsi la chevauchée sauvage de quarante Redlegs secondés par cinquante soldats de l'Union à travers le comté de Lafayette
« … au moins trente maisons ont été incendiées et ils ont tués au moins cinquante hommes désarmés… » Quand aux milices, elles se conduisent exactement comme les jayhawkers ou les Bushwackers rebelles. Les autorités fédérales font règner la terreur dans la population, exerçant des représailles non seulement contre les familles des sécessionnistes, mais aussi contre celles qui ne sont que « suspectées ». Une telle répression ne peut engendrer que d'avantage de haine et de résistance. Parmi les mesures prises, l'exil des coupables ou prétendus tels, mais il faudra attendre le 18 aout et l'ordre N° 10 du général Ewing pour que cette politique de déportation soit officialisée. En attendant, on arrête les femmes et les filles des rebelles et on les enferme en espérant que les hommes se rendront…
Le 24 mai 1863, le général Schofield remplace Curtis à la tête du département du Missouri (incluant le Kansas), le 9 juin, il divise son département en deux, « the district of the frontier » sous le général Blunt et « the district of the border » sous le général Ewing.

Pendant ce temps, Quantrill et ses hommes effectuent quelques raids mineurs mais ne font guère parler d'eux. En fait le chef des guérillas a en quelque sorte « délégué » ses pouvoirs à plusieurs de ses lieutenants qui ont formé des bandes à eux : Todd, Younger, Pool, Bill Anderson… D'autres groupes indépendants s'associent à ces bandes et on peut dire que le terrain est largement occupé pendant l'été 1863. En mai, une nouvelle recrue a rejoint les guérillas, un jeune homme du nom de Frank James (son frère Jesse n'a que 15 ans et ne deviendra un Bushwacker qu'à l'été 1864. Il ne sera évidemment pas présent à Lawrence). La famille James a eu bien des soucis avec les fédéraux, histoire classique…

Pourquoi Lawrence ?

En fait Quantrill est fort occupé. D'abord par sa romance avec une jeune fille du comté de Jackson, Sarah Catherine King, et puis il prépare un grand coup, l'attaque de la ville de Lawrence au Kansas. Le choix de Lawrence ne doit rien au hasard. Il ne s'agit pas d'une petite ville bien tranquille sur qui la fatalité se serait soudain abattue. D'abord Quantrill connaît bien la ville, il y a résidé et n'y a pas que des amis. Surtout, Lawrence, qui compte environ 2 000 habitants, a été fondée par des abolitionnistes en 1854 et  fut la « capitale » du mouvement du « Kansas libre » avant la guerre, d'ou partaient les raids qui allaient dévaster les localités pro-sudistes. C'est aussi une importante station du « chemin de fer souterrain », le réseau d'évasion des esclaves du sud vers les états yankees, un centre de recrutement pour les troupes de l'Union et le quartier général de bon nombre de Jayhawkers qui viennent y écouler leur butin. Enfin, c'est là que réside le premier gouverneur de l'état, Charles Robinson ainsi que le sénateur Jim Lane. Lawrence est vraiment LA cible idéale pour un chef de guérilla sudiste , même si il faut auparavant parcourir 40 miles en pays ennemi.
Au cours de l'été 1863, Quantrill collecte des informations, une femme de la ville dresse même pour lui une liste des hommes à abattre et des maisons à incendier ! Les habitants pressentent bien qu'ils sont l'objet d'un intérêt malveillant et forment une nouvelle compagnie de « Home guards » tandis que le général Ewing envoie une compagnie d'infanterie renforcer la garnison. Quantrill ne se montrant pas, la compagnie est rappelée. Ne restent à Lawrence que deux faibles contingents de recrues noires et blanches, sans entraînement et mal armés. La population se sent pourtant rassurée, si les troupes se retirent, c'est qu'il n'y a aucun danger, et puis cela fait bientôt trois ans que l'on attend les rebellles, ils ne viendront pas encore cette fois …
Grave erreur, Quantrill, qui connaît la vulnérabilité de la ville, est bien décidé à attaquer. Il va mettre pourtant toute la journée du 10 aout pour convaincre ses lieutenants que l'opération est possible et que la retraite l'est tout autant. Que le butin sera immense et que l'occasion de se venger de toutes les exactions des Jayhawkers est vraiment trop belle. Ce dernier argument balaie les hésitations, tous ont une revanche à prendre, un être cher ou un ami à venger, la haine l'emporte. A la fin du jour, le conseil se prononce pour le raid à l'unanimité.
La semaine suivante se passe en préparatifs, on n'a pas divulgué le nom de la cible aux hommes et beaucoup pensent à Kansas-City…

Le drame de Kansas-City

Une tragédie va se dérouler à Kansas City le 13 aout et encore contribuer à enrager le cœur des Bushwackers, si toutefois cela était encore possible . Dans leur politique répressive, les autorités fédérales n'avaient pas hésité à emprisonner les femmes appartenant aux familles des guérillas ou proches d'eux. Une attitude particulèrement insupportable pour la plupart des rebelles pour qui toucher aux femmes était un manquement aux règles les plus élémentaires de l'honneur. Le général Ewing en avait fait enfermer entre 10 et 30, selon les estimations, au deuxième étage d'un immeuble situé au 1409 grand avenue à Kansas-City, et cet immeuble venait de s'effondrer ! Civils et militaires s'étaient précipités mais le bilan était lourd parmi les prisonnières dont aucune n'avait plus de vingt ans. Une des sœurs de Bill Anderson, Joséphine, est morte, les deux autres, Mary et Martha, grièvement blessées. Morte également la cousine de Cole Younger, Charity McCorkle Kerr ( sœur d'un autre membre de la bande, John McCorkle), mortes les deux soeurs jumelles d'un des hommes de Quantrill, Armenia Crawford Selvey et Susan Crawford Vandever… Les survivantes sont  toutes gravement atteintes. On imagine la rage qui s'empare des bushwackers à l'annonce du désastre, et bien vite, les yankees sont accusés d'avoir délibérément provoqué la catastrophe ! On sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. L'immeuble était vétuste et mal entretenu. Il semble qu'il ai été, involontairement, sapé par des gardes fédéraux désireux de rejoindre des prostituées qui étaient également enfermées dans l'immeuble, mais à la cave. D'après un chirurgien de l'US army, Joshua Thorne, le lieu était devenu un véritable « Bordel ». Les gardes avaient creusé plusieurs trous dans les murs principaux et la veille du drame, Thorne signala qu'une des filles avait même brisé à la hache une des poutres maitresse des fondations !
On a parfois avancé que le raid de Lawrence avait été mené pour venger Kansas-City. Cela est faux, le raid avait été organisé bien avant. Cette catastrophe ne contribua qu'à augmenter la fureur des guérillas et exacerber leur désir de vengeance. .

Le Raid !

Le 18 aout 1863, le jour ou le général Ewing émet son ordre N° 10, premier pas qui va conduire à l'exil des milliers de personnes, Quantrill, à la tête de 150 hommes, rejoint les bandes d'Anderson et Blunt, portant son effectif à 300 cavaliers. Le lendemain, il annonce le but réel de l'expédition et harangue ses troupes. Ceux qui le désirent peuvent encore se retirer, et quelques uns renoncent effectivement. La majorité suit Quantrill dans son entreprise. Peu de temps après être entré au Kansas , la troupe rencontre le colonel Holt qui mène une centaine de recrues  du Missouri désireux de rejoindre l'armée sudiste. Holt accepte l'invitation de Quantrill de participer à l'action. A peu près dans le même temps, un cinquantaine de fermiers et habitants des comtés de Bates et Cass se joignent au groupe, attirés par l'odeur du butin.

Au total, ce sont près de 450 hommes que Quantrill va mener à l'assaut de Lawrence, la force de ce genre la plus importante jamais assemblée sous un même commandement au cours de toute la guerre. Lors de la marche qui va durer toute la nuit, les forces rebelles progressent de ferme en ferme, se faisant guider à chaque fois par l'homme de la maison . Si le « guide » est allemand, il est abattu immédiatement (les allemands ont la réputation d'être les plus farouches des abolitionnistes ), si il est reconnu comme Jayhawker, il n'est tué que lorsque la maison suivante est en vue. Dix hommes sont ainsi assassinés avant que Quantrill ne parvienne aux abords de la ville. Les Bushwackers se déploient mais la proie semble formidable. On avait espéré attaquer de nuit et surprendre la population dans son lit, mais le soleil est déjà levé quand les guérillas lancent l'attaque. Beaucoup d'habitants de Lawrence sont debout et déjeunent . Incrédules, ils mettent le nez aux fenètres aux premiers coups de feu et au premiers « rebell yell ».


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