LE PARIS REGGAE POSSE
LES PIONNIERS : José JOURDAIN et son frère
(Blue Heaven, Concrete Jungle) - ABLAYE - Hélène LEE - PHILIPPE - AZIZ - HERMANN
de METAL URBAIN - DIDI - MARIE - DAMBALA - COUSCOUS (TIME Music, rue Grégoire de Tours 79-82) - Jacky KNAFO
Les TROP'IVRE (Radio Ivre, la station qui passait le plus
de Reggae entre 78 et 82) : Patrick LEYGONIE aka Patrick REGGAE aka Patrick IRIE - General BURNING -
Papa GIDDEON - Jean COTTON - Jean-Bernard SOHIEZ, qui a fait de
nombreuses photos sur le Reggae - FANNY et MARIE de Blue Moon -
GUILLAUME 'I MAN DREAD' - Frédéric 'Wicked and Wild'
VOISIN et LUC (Le Front du Froid) - GENEVIEVE - Franck BOISNAIS -
Ras PAUL & ZION GANG avec qui je fis une
tournée au Portugal en 82, en tant que DJ / toaster,
sous le nom de General Burning - FLUOMAN, le peintre Rasta de Chartres
qui a réalisé une fresque au studio Tuff Gong de Kingston -
Philippe GARNIER (Rock'n'Folk) - Bernard LOUPIAS (le Matin de
Paris puis le Nouvel Obs) - Francis DORDOR (Best puis les
Inrockuptibles) -
Les groupes : SAVANE (Cheikh) - WATCH'DA - Yovo M’BOUEKE - JUNIOR - Christian MOORE - NEG'SOWETO avec I JAH MAN, JUDAH, FEL-I, JAH CAN
La Negril Connection : Martine SIMONET et sa soeur Fanette, Eliane, Justine ROY, Evelyne & Roselyne PETIT - RAS DIDIER (du Sénégal) - MURIEL (qui organisait des Reggae Parties en 80-81 à Draveil) - FELIX et MALIKA du Centre Bossuet - Le Panoyaux Posse : Didier VACASSIN alias Ras GUGUS , Natty MARIE, Papa ANGE (dentiste dans le civil), Sister PASCALE - Carole AYAYI, que j'ai rencontrée à Kingston avec NAMBO ROBINSON et que j'ai revue à Paris
Bruno BLUM (Best, puis Rock'n'Folk) -
Jean-Jacques DUFAYET (rubrique 'Iles' dans Rock'n'Folk) - LIONEL
ROTCAGE (le fils de Régine) - Christian PERROT, le fondateur de Nirvanet, qui écrivit sur le Reggae dans Libé, puis dans Actuel
SIMON (SIMMS Productions) - GARANCE (Salomon) - Pascal SOALHAT (I and I Music) - Daniel MEYNARD (Reggaematic) - Olivier ALBOT, un des plus grands collectionneurs de disques Reggae - Florent DROGUET et ISABELLE - Fabrice alias FRENCHIE - Lord ZELJKO - Puppa ERIC -
Le Reggae a commencé en France de manière anecdotique à la fin des années 60 avec les hits anglais de Desmond DEKKER ('Israelites'), Johnny NASH ('Hold me tight', 'I can see clearly now'), ou de Jimmy CLIFF, que j'ai vu en 1966 à l'Alhambra alors qu'il chantait du Soul !. Auparavant, il y avait eu le Ska et le Blue Beat, avec Millie ('My boy Lollipop') et Prince BUSTER ('Al Capone') qui animait mes premières boums vers 1965. Presque personne ici à l'époque ne connaissait les véritables trésors Rock Steady des labels 'Studio One' ou 'Treasure Isle' qu'on a découverts bien plus tard. Il faut dire que cette musique n'avait pas très bonne réputation car elle était aussi celle des Skinheads anglais qui cassaient la gueule aux Hippies et aux Pakistanais.
C'est vers 73 que le Reggae commença à devenir réellement populaire en france. D'abord avec le magasin de disques imports 'GIVAUDAN', boulevard St Germain, qui mettait en devanture les premiers albums aux couvertures ahurissantes de U ROY, BIG YOUTH, ou le triple album de COUNT OSSIE and the MYSTIC REVELATION OF RASTAFARI, 'Grounation'. En même temps, en Angleterre, commençait l'explosion MARLEY, TOOTS and the MAYTALS, etc... La très bonne reprise d''I shot the Sheriff' par Eric CLAPTON y fut sûrement pour beaucoup. Philippe GARNIER fut le premier dans 'Rock & Folk' à écrire des articles sur la musique jamaïcaine dans lesquels il expliquait les ghettos de Kingston, la mystique Rastafarienne, les WAILERS, etc..
En 1975, ce fut l'émission 'Bananas' de Patrice BLANC-FRANCART et Bernard 'Inrock' LENOIR sur France-Inter, consacrée aux musiques tropicales et qui ouvrait les antennes de façon régulière au Reggae. C'est à ce moment, et avec la sortie de 'Natty Dread', que commença la consécration de cette musique en France. Le premier concert de Reggae à Paris fut celui du groupe 'CIMARRONS' au théâtre Campagne Première.
En 1976, sortit le film culte 'The Harder they come' ('Tout, tout de suite'), avec Jimmy CLIFF, qui avait été réalisé 4 ans plus tôt en Jamaïque par Perry HENZEL et qui racontait les tribulations d'Ivan, qui voulait devenir chanteur de Reggae.

Francis Dordor écrivit aussi de très beaux articles sur la culture jamaïcaine dans 'Best'. En 77, ce fut le premier concert de Marley à Paris. Il fut suivi de Culture, Dillinger au Palace, puis U Roy, Hugh Mundell, les Gladiators... Une bonne partie de ces concerts fut organisée par Simon (Simms Productions). Malgré une organisation pas toujours très efficace, il a pris souvent le risque de faire venir à Paris des artistes Reggae qui n'étaient jamais venus : en particulier les premiers concerts magiques de Freddie McGregor et des Abyssinians à la Mutualité, en 86 et 88.
En 77, l'année du "choc des deux 7" ("Two Sevens Clash", l'album mythique de Culture dont j'ai encore la version vinyl qui pèse une tonne chez Joe Gibbs), il y eut une vraie solidarité entre les Punks et les Rastas, qui étaient aussi en révolte contre 'Babylone'. Les punks écoutaient beaucoup de reggae, en particulier Tapper Zukie et Dillinger. Mais, au delà de cet esprit commun de révolte, les deux philosophies n'étaient pas vraiment compatibles, l'une étant plutôt nihiliste et "destroy" et l'autre étant positive et 'Ital'.
En 79, de retour de Kingston, Hélène Lee (devenue Lee après son mariage avec un Rasta de Negril, Joseph Lee) écrivit une série de 4 articles dans Libé qui donnaient un très bon aperçu de la scène Reggae dans l'île.
La même année, José Jourdain et son frère ouvrirent la
première boutique spécialisée dans le Reggae : elle s'appelait
'Blue Heaven' et se trouvait dans un endroit pas très 'Roots' :
la Galerie Point Show des Champs Elysées !
On y trouvait des singles et des Maxis fabuleux 'direct from Jamaica'. Ablaye était vendeur, ainsi qu'Hermann du groupe punk Métal Urbain. C'est là que se retrouvaient les premiers fans parmi lesquels Fluoman et sa copine blonde dreadlockée, Didi, Aziz, Philippe, Bernard Loupias (qui travaillait au Matin de Paris avant d'être au Nouvel Observateur), Patrick Leygonie, General Burning, et un grand rouquin barbu dont j'ai oublié le nom. Par la suite, José migra rue Chapon, près de Beaubourg, et la boutique s'appela alors 'Concrete Jungle', puis 'Zion Land'. Il fonda également le label "Jah Live" et sortit des albums des Congos, Niney, etc..
En 1980, eut lieu le concert historique de Bob Marley au Bourget qui attira au moins 50.000 spectateurs (plus que le Pape !). Je n'y étais pas, mais je suis allé à la party qui a suivi, organisée par Chris Blackwell et Island Records sur un bateau mouche le long de la Seine. Petite anecdocte : j'avais dans mes poches un joint de sensimillia jamaïcaine que m'avait donné Sidney, un Rasta de Negril qui était alors à Paris. Pendant la fête, j'ai tendu le spliff à Bob, qui a tiré dessus, a apprécié, il m'a demandé " Who gave you that ? ", et je lui ai expliqué. Par la suite, nous avons tous dansé, sur du Reggae et du Funk, avec les Wailers, et je me souviendrai toujours de Bob dansant au milieu des I Threes, en les tenant par l'épaule. Deux semaines plus tard, je partais pour mon premier voyage en Jamaïque (je reviendrai dessus). Quelque temps après, c'est là-bas que j'appris que Bob était malade, et il devait décéder en mai 81.
Si dans ces années-là, le grand public connaissait le Reggae à travers Bob Marley, Peter Tosh ou Third World, c'est grâce au phénomène des radios libres que les nombreux autres artistes jamaïcains ont pu être diffusés :
dès 1978, Patrick Leygonie dit Patrick Reggae passait sur Radio Ivre (Radio Irie), qui était encore pirate des nuits entières de Reggae ! Un peu plus tard, vers 1981, quand les radios furent autorisées, c'est toute une équipe qui s'est formée autour de lui : le TROP'IVRE Gang avec General BURNING, Papa GIDDEON, Jean COTTON, Jean-Bernard SOHIEZ, FANNY, GUILLAUME 'I MAN DREAD', Frédéric VOISIN et LUC (Le Front du Froid), Hélène LEE, Jacky KNAFO, GENEVIEVE, Ras PAUL, FLUOMAN. Résultat : tous les jours, au
moins 2 h de Reggae. C'est Trop'Ivre qui organisa en 82 des sound
systems à l'Opéra Night, grande boîte aujourd'hui disparue du
quartier de l'Opéra.
Malgré la disparition de Radio Ivre, qui fut absorbée par Nova en 1982, le Reggae continua sur les ondes : sur Gilda avec Tchaly Tchan, sur Radio 7 avec Larsen puis Sidney, sur la Voix du Lézard (devenue maintenant Skyrock), sur ABC avec Jean Cotton, sur Aligre avec l'émission 'I and I music' fondée par Hélène et Pascal, à laquelle participèrent au fil des années General Burning, Lord Zeljko, Fabrice (Frenchie), Daniel, Manuman et Peter puis à nouveau Daniel avec 'Reggaematic' le samedi à 21h sur 93.1. Egalement sur Libertaire, 'Sounds and Vibes' avec Lord Zeljko et Poupa Eric, Bunny Dread sur 98.8 (pour moi, le meilleur animateur d'émissions Reggae), sur Tropic FM avec Fred (décédé depuis), Richard Soudana, Florent Droguet, Laurent, puis Singui qui fonda le Reggae Club International et organisa plusieurs concerts et soirées, sur Nova avec Lord Zeljko (Ragga), Awal et DJ Clyde, plus 'Roots', sur Fréquence Plurielle, etc...
LES SOUND SYSTEMS Puppa Leslie On ne peut pas parler du Reggae
à Paris sans citer un personnage central de cette scène :
Florent Droguet (!), qui a gardé la passion et l'enthousiasme
pour cette musique, depuis qu'il est tombé dedans lors de son
service militaire en Martinique en 1985. Vu son statut de
spécialiste, il a collaboré à plusieurs projets autour du
reggae. Il a ouvert en septembre 2000 une boutique de disques Reggae à Lyon, "Reggae Jam"
Fin 79, un jeune
DJ jamaïcain du nom de Lone Ranger débarque à Paris avec son
pote Chester et quelques cartons de 45s, principalement des
Studio One, car il était alors un des deejays attitrés de
l'écurie Coxsone. Il y est resté 6 mois et s'est produit
plusieurs fois dans des endroits comme la Maison pour Tous de
Courbevoie (grâce à Patrick Leygonie de Radio Ivre qui y
travaillait), et aussi à la Chapelle des Lombards où il résida
pendant un mois, en janvier 80 : ce furent les premiers Sound
Systems comme en Jamaïque, avec Chester le sélecteur et Lone
Ranger au micro ! Puis, progressivement, des sound systems
'réguliers' poussèrent dans la région parisienne :
Le groupe NEG'SOWETO faisait part entière de la vague reggae dans les annees 81-83. Son lead singer se nommait I JAH MAN (pas celui de Jamaïque), qui a beaucoup apporté au developpement du reggae et du sound-system. Avec son posse NYA, il a organisé en 81-82 les premiers sound-systems dignes de ce nom à Paris au Centre Bossuet, sorte de squat près de la Trinité, occupé par des Rastas comme Félix et Malika qui venaient de Marseille. I JAH MAN, singer multi-instrumentiste, singjay avant l'heure, avait vécu plus d'un an à Londres
et avait comme bredren les musicos d'Aswad, Mikey Dread, Doc Alimantado, et Prince far I dont il organisa un concert au Bataclan en 82. Il fit aussi venir au Palace le posse Coxone de London
et un jour plus tard au squat de la rue de Flandre, MEMOMERABLE ! FEL-I était son guitariste, il y avait aussi JUDAH a la basse, JAH BENI ROOTS et ISAAC au choeurs, JAH CAN au percus, les autres musiciens étant sélectionnés parmi la scène Reggae de l'époque.
En 1983, ce furent les sounds de la Chapelle des Panoyaux, à Ménilmontant, organisés chaque mois par Didier Vacassin alias Ras Gugus et Papa Ange, avec Natty Marie, Sister Pascale et les DJs General Burning, I Man Dread, Poupa Daniel, Jah Mick, et les Dread lions : Ti M, Judah, Jah Can.
Plusieurs sound systems eurent également lieu au squat de la Rue de Flandre, évacué par la Police en 83, avec les Dread Lions et Jah Youth, qui est devenu depuis SuperJohn, puis Supa, et qui se retrouva en photo à la une de Libé, sortant de son sommeil quand les flics vinrent évacuer le squat au petit matin !

Sound system rue des Panoyaux, dans le XX° - 9 juillet 1983
De gauche à droite : Ras Gugus, Super John, Zoumi (au second plan), Daddy Yod (chapeau).
(Collection D.Vacassin)

General Burning (Prince Burny) et Papa Daniel at the mike. Dans le fond, Ras Gugus lit sa Bible !
(photo : Marie Vanetveelde)
General Burning et Papa Ange (photo : Marie Vanetveelde)


Dans le studio de Radio 7, 1984. De gauche à droite : Mikey Dread, Congo Roy Ahanti, Sydney, un jeune Rasta, General Burning et Ras Gugus (photo : Marie Vanetveelde)
Mes albums préférés de reggae des années 70
Quelques sites Reggae :
Le Reggae Guide de Keita Maeda - Reggae
Vibes de Hollande
Blood and Fire, label spécialisé dans les rééditions du reggae roots des 70s et aussi un excellent Sound System avec lequel ont tourné U Brown, Trinity, Joseph Cotton et Rankin Joe. Un grand Big Up à Steve Barrow et Dominic !