| Histoire de la spéléologie
en France:
Explorations à la Dent de Crolles Les records de profondeur Le matériel Explorations dans le massif des Bauges par Pierre Chevalier Article paru dans le livre photos balades Cavernes des Bauges de Jean Louis Fantoli Si Édouard Alfred Martel est bien connu comme le précurseur de cette science et de ce sport, il faut reconnaître qu'il n'a pas eu beaucoup de successeurs: en 1930, le Spéléo Club de France réunissait à peine 300 membres autour de son président Robert de Joly et on ne connaissait encore que deux ou trois gouffres dépassant 200 mètres de profondeur. Le réveil s'est produit en 1936 avec l'adoption de la semaine de 40 heures. Des groupes spéléos se sont créés un peu partout, notamment à Paris et à Lyon, et vont s'attaquer aux Préalpes calcaires, Vercors et Dévoluy pour Paris, Chartreuse et Savoie pour Lyon. Membre des deux groupes, je participe à la plupart des grandes expéditions (Luire - Paradis - Chourum Dupont). Mais en 1939, je persuade mes amis qu'il est temps de concentrer tous nos efforts sur la Dent de Crolles, où nous venons d'atteindre 265 m (reconnu plus tard comme record de France, les 301 m de Casteret au gouffre Martel étant ramenés à 240 m). Notre premier objectif est la liaison
trou du Glaz/grotte du Guiers Mort: deux désobstructions
nous font court-circuiter le siphon terminal, et la découverte d'un
sixième réseau d'étroits méandres au Glaz nous
permet la jonction. Le record est passé à 406 m.
En 1942 notre premier essai
des mâts, déjà utilisés au Guiers Mort, a été
un succès: le puits du Mât, et le puits de la Cloche, nous
ont conduits 30 mètres plus haut jusqu'au puits du Balcon où
nous retrouvons la cascade qui alimente la salle des Douches. Mais la manuvre
suivante nous paraît trop risquée et pendant deux ans nous
ne tenterons que le dernier puits où nous remonterons près
de 150 mètres avant de renoncer à cause de l'étroitesse
des méandres.
Notre réseau est également
devenu le plus grand de France avec un développement de 17 kilomètres.
L'ensemble de ces résultats m'a valu d'être élu à
la tête de la Société Spéléologique
de France, puis du Comité National de Spéléologie
créé en 1956; mais, travaillant à Lyon alors que
le secrétaire général était à Millau
et le Comité à Paris, ce titre ne pouvait être qu'honorifique
et j'y renonçais bien vite.
Entre temps, un relais sera pris par le gouffre Berger, premier 1000 m mondial, découvert par de jeunes Grenoblois qui étaient mes équipiers depuis plusieurs années au Biolet, au Mort Ru, à la Diau et à Gournier et qui prospectaient en 1953 le plateau de Sornin dominant les sources de Sassenage où ils avaient fait de belles découvertes. En 1954, au cours d'un camp d'une semaine à 500 m auquel j'ai le plaisir de participer, les voici à 712 m arrêtés à la cascade Claudine; deux mois plus tard, ils sont à 903 m; l'année suivante c'est le siphon à 1127 m. A ce jour, cinq siphons ont été franchis et la cote est à 1271 m, après liaison avec le réseau de la Fromagère. Toutefois, la résurgence de Sassenage n'est pas encore réalisée. Le groupe des Vulcains de Lyon découvre en 1964 le gouffre Jean Bernard au-dessus de Samoëns; en 1975, ils sont à 934 m, et l'année suivante, c'est le premier siphon à 1298 m, chiffre porté à 1358 m par la découverte d'orifices supérieurs. De 1980 à 1982, trois siphons sont franchis par Vergier/Fantoli/Penez; ils ont atteint à 1494 m un quatrième siphon ensablé. Cependant, vers le haut, la jonction avec deux nouveaux gouffres donnera à l'ensemble 1602 m de dénivelée avec neuf gouffres échelonnés entre 1880 et 2315 m. Je ne saurais clore cette liste sans
citer, en Ariège, le plus grand réseau de France avec 82500
m de développement et 1008 m de dénivelée; c'est la
Coumo d'Hyouernedo, plus connu sous le nom de réseau Trombe;
il comprend 34 gouffres, dont beaucoup étaient connus depuis très
longtemps; les premières liaisons datent de 1959; la Henne
Morte a été explorée en 1947 par Casteret avec le
Spéléo Club de Paris jusqu'à un siphon coté
438 m, puis rectifié à 358 m ; elle a été
reliée à un réseau en 1978.
Parlons maintenant du matériel:
les cordes de chanvre universellement employées sont putrescibles,
et pour cette raison la corde tressée avait été exclue,
l'âme pourrissant sans qu'on s'en rende compte; lorsque en 1942 la
société Rhodiaceta me chargea à titre amical de
la mise au point d'une corde en nylon française, j'adoptai la formule
d'une tresse avec une âme de brins parallèles que nous testâmes
au Glaz et qui fut commercialisée dès 1946; dès lors,
le chanvre était condamné.
En 1956, Michel Letrône organise le premier stage de plongée et franchit le siphon de 110 mètres de la source du Cholet. Un peu plus tard, on s'attaque aux réseaux les plus profonds: dans le Vercors, au gouffre Berger, l'Anglais Ken Pearce passe en 1963 un premier siphon, puis un second en 1967; Bertrand Léger en 1968 et 1969, puis Poggia en 1978 et 1981, enfin Penez en 1982 plonge, sur 50 m, le cinquième atteignant 1281 m. Nous terminerons par le plus profond, le Jean Bernard, où de 1980 à 1982, Fantoli et Penez franchirent trois siphons qui leur firent gagner 136 mètres. Voici donc le genre d'exploits auxquels
se livre l'auteur de l'ouvrage Cavernes des Bauges, Jean-Louis Fantoli.
Je ne crois pas qu'ils soient plus d'une dizaine en France de ce niveau.
Jadmire sincèrement leur audace et leur sang-froid dans des expéditions
souvent en solitaire, et leur résistance pour les réaliser
en fond de réseau alors que la fatigue commence à se faire
sentir.
Le 14 août 1950, à partir
d'un camp à Aillon le Vieux, nous avons commencé l'exploration
de la tanne aux Cochons, mais abandonné après avoir
parcouru une centaine de mètres de méandres jusqu'à
108 m, en une courte visite de cinq heures, avec la seule perspective
de quelques kilomètres du même genre terminés par un
siphon, nous ne pouvions de Lyon poursuivre une telle exploration.
C'est dans ces tannes et ces cavernes
des Bauges que nous entraîne notre guide Jean-Louis Fantoli; je découvrirai
avec vous ce recueil de photos souterraines, et à en juger par celles
que la revue fédérale Spelunca a choisi comme page
de couverture, sa collection laisse augurer une belle série de documents
inédits. Je souhaite à Jean-Louis pour cet ouvrage le même
succès que pour les plongées restant encore à son
programme.
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