C'est comme ça que j'ai commencé ma carrière de branché vers 1965.
Les minets, qu'on appelait aussi parfois les 'blousons dorés', se réunissaient surtout le jeudi après-midi (à l'époque c'était le jeudi et pas le mercredi), et le samedi soir, c'est-à-dire quand il y avait des boums. Le grand sport était de s'échanger les adresses des soirées, souvent des rallyes, et de s'incruster en disant 'je viens de la part de Machin...' Ca marchait la plupart du temps car à l'époque les gens n'étaient pas trop méfiants, si on avait un tant soit peu le look. Mon record fut de 15 adresses pour un même samedi soir ! Un grand classique était d'envoyer les gens dans une super soirée 22, quai de la Rapée, où se trouve ...la Morgue !
Faire partie d'un rallye était un bon plan pour les garçons : en effet, c'était toujours les filles qui organisaient les soirées ! Celui où j'étais était le Rallye Antoine-Favas, plutôt modeste, mais je me souviens de soirées très réussies en robe longue. Un des rallyes les plus connus était le Michard-Pélissier
Les minets du 16ème, du 17ème et de Neuilly se retrouvaient sur les Champs : c'est là que fut formée la première bande 'historique', celle du Drugstore, dont la mascotte était Gilles Sinclair. Rappelez-vous 'Les Playboys' de Lanzmann et Dutronc : "Je n'ai pas peur des petits minets qui mangent leur ronron au Drugstore..". Plus bas, Il y avait le New Store et le Pub Renault. Les boîtes à la mode étaient le Relais de Chaillot et le Club Pierre Charron, ouvertes le jeudi après-midi. Le Mimi Pinson, dancing populaire des Champs habituellement fréquenté par des gens d'âge mur, changeait parfois de nom pour s'appeler le 'Top Ten', afin d'attirer la clientèle des minets.
On put quand même y voir en 1965 Chuck Berry, le Spencer Davis Group avec Stevie Winwood ou Vigon, le 'James Brown marocain'. La Locomotive, à Pigalle, programmait les derniers groupes anglais comme les Who ou les Pretty Things. Je me souviens aussi des boums bien convenables du dimanche après-midi à l'église Américaine, avenue Marceau. Un autre lieu de rendez-vous était le Scossa, place Victor Hugo, où les minets se donnaient rendez-vous le dimanche matin après la messe pour se raconter leurs soirées de la veille. D'autres bandes, plus âgées, se retrouvaient place du Trocadéro, en particulier chez Carette. Bien sûr, la motivation principale de tout ce petit monde était la drague, même si ça ne marchait pas toujours et si les filles qui 'couchaient' étaient rares, la libération sexuelle n'était pas encore passée par là
J'étais au lycée Janson de Sailly, et la plupart des filles de la bande étaient à Molière :
Martine Aelion, qui nous recevait chaque jour dans le duplex de ses parents rue de Boulainvilliers.
Perrine Marcel, qui habitait rue de la Pompe et chez qui fut ma première boum.
Bénédicte Hourdé et son frère Philippe qui travaillait chez Gudule à Saint-Germain, et qui était copain avec Christian Lorella.
Un soir, celui-ci amena sa soeur beatnik au look Greco dans une boum chez Martine : elle y fit halluciner tous les minets présents !
Il faut dire que St Germain était le quartier qui fascinait : une adresse de boum là-bas faisait se déplacer toutes les bandes des beaux quartiers. Le mythe de l'existentialisme des années 50 était encore bien vivant, et celui des beatniks commençait. Un soir d'été, nous étions chez Nicolas de Beer et Perrine et son copain partirent à St Germain avec des mines de conspirateurs : 'Mais qu'est-ce qu'ils sont allés faire ? - chercher de la Marijuana'. Ils revinrent 2 heures plus tard avec un sachet de ...thé !
Olivier Dassault avait formé un club et organisait avec Jean-Luc Léon et Antoine Lefébure des boums le jeudi après-midi dans le palais de son grand-père, porte de Passy. Hélas, à la suite d'une bagarre entre deux minets, l'expérience fut interrompue prématurément.
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Et aussi Philippe Raton, qui avait une moto, et qui donc était sûr de tomber les nanas, Daniel Sadoun, Frédérique de Gravelaine, Dominique Pilon, Jean-Michel Muller le playboy, Vincent Bertomeu, Laurence Grumbach, que j'ai revue par la suite à la fac de Nanterre, puis chez les punks, Béatrice Graziani, Pascale, Aude, Gilles Nahon, Marc Ferré, Vincent Bolloré (!), Bénédicte Huguier, Gérard Anceau, Francois-Paul Rossi, Denis Page (il était plus âgé que nous, et on ne savait pas trop s'il était là pour les filles ou les garçons, par la suite il fit partie du service d'ordre des concerts KCP), Laurent B., Marie-Paule Hugo, les frères Vautrey, Michelle et Pierre Marcus, Isabelle Bourgeois qui habitait dans le 17ème, Anne Paumelle dont j'étais très amoureux et que j'ai retrouvée quelques années plus tard complètement défoncée chez les babas, Richard Pinhas qu'on voyait souvent au Scossa place Victor Hugo avec sa coupe à la Dylan / Hendrix, François (Janus), Denis .... |
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Il y avait un parallèle évident entre les minets et les mods anglais, bien que ceux-ci venaient davantage des couches populaires et qu'il n'y avait pas ici de batailles rangées comme celles avec les rockers sur les plages de
Brighton (voir le film Quadrophenia). Nous vivions à l'heure du 'Swinging London', attendant le prochain Beatles, Stones ou Yardbirds comme un évènement d'une importance considérable. Toutes les semaines, j'achetais le Melody Maker au Drugstore, le seul endroit de Paris où on pouvait le trouver. Je lisais aussi Disco-Revue, de Jean-Claude Berthon, qui a immédiatement remplacé 'Salut les Copains' dès que je l'ai connu. De temps en temps, j'allais de l'autre côté des Champs à 'Lido Music' ou à 'Sinfonia' où on pouvait écouter les 45 tours de Left Banke sur Smash ou the Association sur Valiant en import US. Et le soir j'écoutais Radio Luxembourg anglais, avec Jimmy Saville, puis les radios pirates comme Caroline ou Radio London.
Dans nos boums, comme en Angleterre, c'était le Rythm'n'Blues qui régnait : Otis Redding, Wilson Pickett, James Brown, Aretha Franklin, Tamla-Motown, et les albums mythiques de la série 'Rythm'n'Blues Formidable' chez Atlantic, avec une face rapide pour se remuer et une face lente pour emballer. Le jour où Otis Redding est mort dans un accident d'avion, tous les minets étaient en deuil : Le Rythm'n'blues, la musique des Minets, lointain ancêtre du R'n'B.
Il y avait quand même une forme de délinquance (on ne parlait pas de 'blousons dorés' pour rien), mais ça n'allait généralement pas plus loin que quelques sacs des filles vidés lors des boums du jeudi après-midi !
Les débuts du psychédélisme en 67, puis mai 68 bouleversèrent complètement le monde des minets. Une partie d'entre eux se maria et se casa pour devenir de bons petits bourgeois, une autre se tourna vers le gauchisme (il est à noter que parmi ceux qui ont déclenché les évènements de mai 68 à la fac de Nanterre se trouvaient d'ex-membres de la bande du Drugstore), et les plus hédonistes devinrent des hippies (on ne disait pas encore 'Babas'). Pratiquement du jour au lendemain, on les vit avec les cheveux longs et des tuniques indiennes et cela parut tout à fait naturel tellement c'était dans l'air du temps. De la même façon, les Beatles, les Who ou Traffic avaient laissé tomber leurs costards 'mods' pour des tenues hippie. Je revis par la suite beaucoup d'ex-minets, devenus des dandys psychédéliques, par exemple à 'La Bulle'.
Après 68, subsista une nouvelle espèce de minets, plus populaire, composée surtout de jeunes employé(e)s de bureau, qui se retrouvaient au 'Roméo Club', boulevard St Germain : on les reconnaissait facilement à leur coiffure toute en hauteur, bien dégagée sur la nuque, et leurs costards cintrés 'Jean Raymond' avec des épaulettes. Un des seuls points communs avec la génération de minets précédente était le fait qu'ils dansaient sur du Rythm'n'Blues, particulièremment Jaaaames Brown !
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La mode des minets : |
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A lire et à voir : La bande du Drugstore de François Armanet (Denoël) |
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