La micro météo
Sans l'expérience du vol, il est difficile de s'imaginer les
différents mouvements de la masse d'air au-dessus de nos têtes.
Tout comme la mer, cela va du calme plat exaspérant jusqu'au déchaînement
le plus violent. Si on pouvait visualiser ces mouvements, on verrait qu'à
certains endroits l'air monte, descend, se met à tourbillonner, s'accélère
ou s'arrête. Ce sont ces différents mouvements que le pilote
de vol libre ou de planeur, tout comme certains oiseaux, s'applique à utiliser
au mieux pour prolonger son vol.
Dans ce qui suit, je vais vous décrire et vous expliquer, les
phénomènes couramment rencontrés en vol.
Domaine d'application
Tout d'abord, je veux insister sur le fait que la micro météo
ne décrit que les phénomènes à petite échelle,
c'est à dire au niveau régional (vallées, massif montagneux…).
La micro météo ne vous permettra donc pas de savoir quel
temps il fera dans les jours qui suivent. Ce genre de prévision
relève du domaine de la météo qui, elle, couvre les
phénomènes à une échelle presque planétaire.
L'atmosphère
L'atmosphère terrestre est un fin voile à la surface de notre
planète. Son épaisseur ne vaut que le centième du
rayon de la terre. Malgré cela elle remplie les rôles d'écran
contre les rayons solaires, de dissipateur thermique et elle nous fournit
l'oxygène qui nous fait vivre. L'histoire de la terre et de la vie
qu'elle porte est déterminée par ses fluctuations. C'est
la raison pour laquelle il est urgent de prendre des mesures pour la préserver,
malheureusement le choix de ces mesures reste entre les mains des hommes
politiques qui eux mêmes sont gouvernés par l'argent.
Constitution
L'air que nous respirons est constitué principalement de trois éléments :
- L'azote qui représente 79 pour cent du total
- L'oxygène qui représente 20 pour cent du total
- Le 1 pour cent restant est principalement constitué d'argon.
La concentration des autres gaz est si faible qu'elle s'exprime en parties
par million (ppm) plutôt qu'en pourcentage. Les principaux gaz rares
sont le dioxyde de carbone (340 ppm), le néon (18 ppm), l'ozone
(12 ppm vers 3000 m d'altitude) et l'hélium (5 ppm).
Malgré sa rareté, l'ozone est un gaz extrêmement
important pour les organismes vivant à la surface de la terre. L'ozone
est le seul gaz atmosphérique qui absorbe le rayonnement solaire
dans le proche ultraviolet (0.2 et 0.3 micromètre). Ce rayonnement
est trop intense et donc nocif pour tous les être vivants.
L'atmosphère est découpé, virtuellement, en 4 couches :
- La troposphère, de 0 à 13 km. C'est dans cette couche, qui
contient 80 pour cent de la masse de l'atmosphère, qu'ont lieu tous
les phénomènes météorologiques.
- La stratosphère, de 13km à 50 km. C'est dans cette partie
que se trouve la couche d'ozone.
- La mésosphère, de 50 km à 80 km.
- La thermosphère de 80km à 500 km. Cette couche est le siège
des aurores polaires.
Température
La courbe de température de l'atmosphère en fonction de l'altitude
ne décroît pas linéairement comme on pourrait le penser.
schéma 1: Courbe de température
de l'atmosphère
La forme de cette courbe s'explique de la façon suivante :
- Dans la troposphère, le sol accumule la chaleur du rayonnement solaire,
donc les basses altitude sont plus chaudes que les hautes et la température
décroît avec l'altitude.
- La stratosphère contient la couche d'ozone qui absorbe le rayonnement
ultraviolet du soleil. Comme elle absorbe de l'énergie elle se réchauffe.
- La mésosphère absorbe peu le rayonnement solaire, donc la
température y décroît à nouveau
- La thermosphère est très sensible au chauffage solaire donc
la température augmente.
La micro météo
Les courants ascendants
Les courants ascendants sont un terme générique désignant
les déplacements verticaux de bas en haut d'une masse d'air. Ces
courants sont indispensables au pilote de vol libre pour gagner de
l'altitude et donc prolonger son vol.
Le thermique
Le thermique est une colonne d'air chaud qui monte plus ou moins verticalement.
La journée, le soleil chauffe le sol par rayonnement, puis le sol
chauffe l'air qui se trouve au-dessus de lui par conduction. Lorsque l'air
est chauffé, il se forme prés du sol une bulle d'air chaud
dont la taille augmente au fur et à mesure que sa température
augmente. Au bout d'un moment, la bulle se détache du sol et s'élève
dans les airs. Lorsque plusieurs bulles se rejoignent, elles forment une
colonne dans laquelle l'air monte plus ou moins régulièrement.
schéma 2: Création d'un
thermique
Jusqu'où monte cet air ?
Lorsque l'on comprime de l'air, celui ci se réchauffe. Par exemple
quand vous gonflez un pneu de vélo, votre pompe chauffe. Inversement
lorsqu'on décomprime de l'air celui-ci se refroidi. Cette propriété
permet de fabriquer des frigos, mais dans ce cas, ce n'est pas de l'air
qui est comprimé puis détendu car il n'a pas un bon rendement.
En montant, comme la pression atmosphérique diminue, l'air de
la colonne se dilate et donc se refroidit. A force de se refroidir, il
atteint la température de l'air qui l'entoure et finit par stopper
sa progression vers le haut. L'altitude maximum atteinte par la colonne
d'air dépend donc de sa température de départ et de
la vitesse decroissance de la température de l'air autour de la
colonne en fonction de l'altitude (le gradient de température).
Dans une atmosphère standard, la température de l'air
décroît de 0.6 degrés par 100 mètres. La chute de température due à la détente d'une bulle d'air sec en ascension est de 1 degré par 100 mètres. Donc on voit déjà qu'en
moyenne l'air en ascension dans le thermique se refroidit plus vite que
l'air qui l'entoure. Cette propriété garantie une certaine
stabilité à notre atmosphère, car si ce n'était
pas le cas, il serait en ébullition permanente.
Le dynamique
Le dynamique est un phénomène mécanique qui se produit
lorsque le vent (horizontal) rencontre un obstacle sur son chemin. Si cet
obstacle est assez important, le vent ne pourra le contourner et il sera
obligé de passer par-dessus. Lorsqu'il passe au-dessus de l'obstacle,
sa direction ne sera plus horizontale mais aura une composante verticale.
schéma 3: Vent créant un
dynamique
Sur le schéma ci dessus la zone en vert est exploitable pour
gagner de l'altitude, par contre la zone en rouge est à éviter
à tout prix car elle est non seulement le siége de descendances mais
aussi de turbulences dangereuses pour le vol.
Le thermodynamique
Le thermodynamique est un mélange de dynamique et de thermique.
Lorsque du vent remonte une pente (dynamique) et que cette pente génère
du thermique, les deux phénomènes se conjuguent. Souvent
le thermique permet de sortir de la seul zone exploitable du dynamique.
Les courant descendants
Nous avons vu que les thermiques sont des colonnes d'air ascendantes. Si
l'air monte quelque part, on peut facilement en déduire qu'il
doit redescendre ailleurs, sinon il n'y aurait plus d'air en bas ! Ces
descendances sont donc un peu des thermiques en négatif et sont
beaucoup plus connues sous le nom de trou d'air. Evidement le terme trou
d'air est très imagé car il est strictement impossible que
l'atmosphère contienne des vides !
Pour en revenir aux descendances, celles ci se rencontrent surtout aux
abords des thermiques. En effet un thermique est une cellule convective
dans laquelle l'air monte au centre, redescend sur les bords puis remonte
au centre dans un cycle qui se répète tant que le soleil
lui amène de l'énergie (voir schéma).
schéma 4: Cellule convective
Plus le thermique est puissant, plus la descendance sera forte. Pour
un pilote de delta ou de parapente cela se traduit par une perte d'altitude
très souvent accompagnée de secousses parfois importantes
dues aux turbulences présente à l'interface entre l'air qui
monte est celui qui descend.
L'inversion
Lorsqu'on parle d'inversion, il s'agit d'une inversion de température.
En effet, comme nous l'avons vu plus haut, la courbe de température
dans la troposphère tend à décroître avec l'altitude.
Quand il y a une inversion, cette courbe présente, à une
altitude donnée, une inversion de sa pente. On obtient donc à
cette altitude, une température croissante ou stable avec l'augmentation
d'altitude.
schéma 5: Altitude maximum atteinte
par un thermique:
gauche sans couche d'inversion, droite avec couche
d'inversion
Cette couche plus chaude agit comme un couvercle stoppant net tous les
mouvements de convection.
explication
Imaginez une bulle d'air chaud s'élevant au-dessous de cette
inversion. Disons que l'air de la bulle au depart du sol a une température
de 24 degrés et que la température ambiante de l'air soit
de 20 degrés.
Avec une décroissance de température de l'air de la bulle
égale à 1 degré / 100m et une décroissance
de l'air ambiant de 0.6 degrés / 100m, notre bulle montera à
une altitude de 1000m.
Maintenant imaginez qu'à l'altitude de 600 m la température
ne soit pas de 20 - 6 * 0,6 = 16,4 degrés mais de 18 à cause
de l'inversion. A l'altitude de 600m la température de notre bulle
d'air chaud est de 24 - 6 * 1 = 18 degrés. La différence de
température entre l'air ambiant et l'air de la bulle est subitement
devenue égale à 0 : la bulle d'air chaud est stoppée
dans sa progression vers le haut.
Phénomènes météo dangereux
Les turbulences
Les turbulences sont des mouvements d'air désordonnés qui
se rencontrent en général :
- Sous le vent d'un obstacle. Une crête par exemple, mais un thermique
puissant peut être aussi considéré comme un obstacle
pour le vent.
- A l'interface de deux couches de vent de direction et/ou de force différente.
Dans ce cas on parle de cisaillement.
- Dans les zones qui sont le siège de fortes ascendances et descendances.
- Dans la traînée des autres aéronefs. La traînée
d'un parapente ou d'un delta n'est pas bien gênante, celle d'un avion
ou pire, d'un hélicoptère peut être dangereuse.
- Par temps de foën, sous les nuages d'onde, sur les fronts
froids ou chauds, sous les orages...
Le cumulo-nimbus
Le cumulo-nimbus, dit cunimb, qui se compose des mots latins cumulus (=tas)
et nimbus (=pluie) est un nuage aussi impressionnant et magnifique que
dangereux pour tout ce qui vole et parfois même les pour infrastructures
au sol. Vous en avez certainement déjà vu beaucoup puisqu'il
s'agit du nuage qui donne l'orage.
Ce nuage a un développement vertical qui peut partir du sol et
finir au niveau de la tropopause 10000m plus haut ! Un cunimb se forme
le plus souvent les soirs d'été, lorsque le soleil a bien
chauffé le sol. Il se présente d'abord sous la forme d'un
cumulus qui va dégénérer rapidement en prenant du
volume et de l'altitude. Du début de sa croissance jusqu'aux premiers
éclairs, il faut environ deux heures ce qui donne le temps de réagir
si on a la mauvaise idée de se trouver en l'air a ce moment.
De plus il est facilement repérable grâce à sa
forme très caractéristique d'enclume. En effet la masse d'air
qui monte à l'intérieur de ce nuage se condense en gouttelettes
d'eau qui se transforment à leur tour en glace. Cette glace continue
à monter jusqu'à rencontrer la tropopause. Comme nous l'avons
vu plus haut, au niveau de la tropopause la température de l'air
tend a remonter créant une énorme inversion. Lorsque le sommet
du nuage rencontre cette inversion, l'air qui le constitue n'a pas d'autre
choix que de s'étaler horizontalement créant du même
coup cette forme d'enclume.
Deux sortes de danger sont liés à ce nuage :
- Tout d'abord un cunimb est avant tout un très gros aspirateur. Les
ascendances qui le constituent peuvent atteindre une vitesse verticale
de 60m/s (200Km/h) ce qui est énorme ! Pour vous donner une idée
de ce que cela représente sachez qu'un homme en chute libre stabilisé,
comme on les vois faire en chute libre, tombe à une vitesse de l'ordre
de 200Km/h. Faite tomber un homme dans l'ascendance d'un cumulo-nimbus!
il ne descend plus ! En écartant un peu les bras et les jambes il
pourrait presque remonter. Un autre exemple : ces ascendances sont capables
de faire remonter des grêlons gros comme des oeufs de poule.
Si vous vous retrouvez sous ce nuage avec votre delta ou votre parapente
vous serez inexorablement aspiré vers des altitudes qui, du fait
du manque d'air et du froid, ne permettent pas de survivre bien longtemps.
Dans ce cas le seul espoir est de pouvoir traverser le nuage et rejoindre
une des descendances qui se trouvent à sa périphérie.
Mais la tâche s'avère ardue car tenir un cap à la boussole
dans des turbulences violentes, sans aucune visibilité et sans repère
relève de l'exploit.
- Si vous ne vous êtes pas fait aspirer parce que vous voliez assez
bas, il faudra vous méfier des rafales de vent au sol toujours présentes
sous ces nuages. J'ai testé une fois ce genre de rodéo sous
un cunimb peu actif, c'est à éviter à tout prix !
Fonctionnement du cumulo-nimbus
Ces nuages sont constitués d'une ou plusieurs ascendances qui utilisent
le soleil comme source d'énergie mais aussi la chaleur latente contenue
dans la vapeur d'eau:
En effet pour faire évaporer de l'eau il faut lui amener
de la chaleur, l'évaporation est une réaction endothermique
car elle consomme de la chaleur. A l'inverse, quand cette vapeur d'eau
se condense, elle libére cette chaleur consommée, cette transformation
est exothermique car elle fournit de la chaleur.
Pour en revenir à notre nuage, si on isole une fois de plus une
bulle d'air chaud dans l'ascendance qui s'élève à
partir du sol, on constate que sa température interne décroit
régulièrement de 1degrè / 100 m. Cette décroissance
fixe l'altitude maximum à laquelle notre bulle va pouvoir monter, altitude
qui est fonction de la différence de température initiale
entre l'air ambiant et l'air présent dans la bulle. En fait, cette
altitude maximum peut être dépassée grâce à
la chaleur latente contenue dans la vapeur d'eau présente dans la
bulle.
Si la température de notre bulle d'air ''chaud'' s'abaisse suffisamment
pour que la vapeur d'eau se condense, la chaleur libérée par
cette condensation va augmenter la température interne de la bulle
qui peut ainsi reprendre son ascension de plus belle. Ce phénomène
a été mis à contribution dans une expérience
dont le but était de faire monter un ballon à air chaud le
plus haut possible sans autre apport d'énergie que celui fourni
initialement lors de son gonflage avec de l'air chaud contenant de la vapeur
d'eau. Cette expérience avait été baptisée
''bulle d'orage''.
Les trajectoires des flux d'air à l'intérieur du cumulo-nimbus
sont complexes et ne se résument pas a une cellule de convection.
schéma 6: Coupe d'un cumulo-nimbus
Dans ce schéma l'air chaud et humide situé au niveau du
sol (flèche rouge) monte vers le haut du nuage en se condensant.
Les particules liquides qui en résultent sont rejetées au
sommet et sur les cotés de l'ascendance. Arrivées en haut, ces
particules gèlent et retombent soit derrière l'ascendance (à
gauche) soit vers l'avant (à droite).
- Celles qui partent vers l'avant retombent dans l'ascendance qui les monte
à nouveau vers le haut du nuage. Ce cycle, créateur des grêlons,
peut se reproduire plusieurs fois. A chacun de ces cycles le grêlon
grossit en s'entourant d'une couche de glace supplémentaire; c'est
la raison pour laquelle les grêlons, en coupe, présentent une
structure constituée de couches de glace successives, un peu comme
les couches successives de peau d'un oignon.
- La glace qui retombe vers l'arrière du nuage rencontre l'air sec
d'altitude (en bleu) qui la fait s'évaporer en partie. Cette évaporation
refroidit l'air et augmente la force du courant de subsidence (en vert)
responsable des fortes rafales au sol qui accompagnent les orages. Arrivé
au sol, ce courant s'étale, et engendre un pseudo front froid qui
fait obstacle a l'air chaud et humide en le repoussant dans l'ascendance
augmentant ainsi la convection.
Les nuages
Pour pouvoir les étudier et les classifier, les nuages sont répartis
en dix genres :
| Etage |
Nom scientifique |
Altitude moyenne |
| Supérieur |
Cirrus
Cirro-Cumulus
Cirro-Stratus |
8000 - 12000 m
6000 - 10000 m
6000 - 8000 m |
| Moyen |
Alto-Cumulus
Alto-Stratus
Nimbo-Stratus |
3000 - 6000 m
3000 - 6000 m
2000 - 5000 m |
| Inferieur |
Stratus
Srtrato-cumulus
Cumulus
Cumulo-Nimbus |
0 - 2000 m
500 - 2000 m
500 - 6000 m
500 - 15000 m |
Comme on peut le constater, les nuages se repartissent en deux formes
principales :
En observant leur formes on peut tirer des conclusions sur l'état
de l'atmosphère :
- Les cumulus dénotent de violent mouvement ascendant de la masse
d'air.
- Les stratus sont les résultats de glissement d'air humide et chaud
sur de l'air froid.
- Les formes déchiquetées témoignent de vent fort et
turbulent.
Fin provisoire de l'exposé... j'attends
d'avoir des photos de nuage pour continuer.
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