En
vérité,Ménexène,il semble qu'il y a beaucoup d'avantages à mourir à la guerre.On
obtient en effet une belle et grandiose sépulture,si pauvre qu'on soit le jour de sa
mort. En outre, on est loué, si peu de mérite que l'on ait, par de savants
personnages,qui ne louent pas à l'aventure,mais qui ont préparé de longue main leurs
discours. Platon, Ménexène
COMMENT CANDIDE SE SAUVA D'ENTRE LES
BULGARES, ET CE QU'IL DEVINT
Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien
ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les
canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons
renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la
mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en
infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de
quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille
âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant
cette boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il
prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des
tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin il était en
cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois
du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes é
gorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles
éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les
derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur
donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de
jambes coupés.
Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares,
et des héros abares l'avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des
membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre,
portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais Mlle Cunégonde.
En apparence un texte narratif . Qui
voit ? Candide , focalisation interne narrateur omniscient ? en fait
alternance des points de vue .
Le texte apparaît dabord comme un éloge de larmée et de la guerre, mais
lironie et le réalisme (détachement apparent du narrateur) en font un violent
réquisitoire
Quelques pistes à organiser (en
fonction du plan proposé ci-dessus )et à exploiter
- Une parade (termes laudatifs, intensifs de la 1ère phrase)
La "fête"
Les instruments de musique (fifres hautbois) du plus aigu au plus ...grave . Le rythme
vif.
aux sinistres présages
L ' association instruments de musique et canon
Les canons faisant partie de l'orchestre, on ne peut qu'aller vers "l'enfer"
mis en valeur à la fin de la phrase
3 temps dans la progression de la bataille : 3 phrases : 1. Canons 2.
Mousqueterie 3. Baïonnette les combats se font de + en + près
- Les canons "renversèrent": jeu de quilles ? "Le tout" =. des hommes
ou des choses ? Imprécision des expressions = peu dimportance accordé à la vie
humaine
"dix mille coquins" : un massacre salubre !
-" Boucherie héroïque":
La réalité sanglante: l'assassinat collectif,
L'arrangement posthume : la fabrication de héros
-"Les lois du droit public":
Le droit du plus fort (négation du "droit" et des règles les plus
élémentaires de justice)
Encore un trait d'ironie.
-Le règne de labsurde dans " le meilleur des mondes "
Le "Te deum , chacun dans son camp"
L'accumulation d'horreurs, le développement du système : chez les soldats, chez les
civils.
Décalage entre les préoccupations dérisoire du déserteur Candide et lexposé des
horreurs subies par les civils : des corps (déshumanisation , bestialité des
combattants.)
Il s'agit non d'une narration
mais d'une démonstration ,vivante imagée, conduite sur un rythme endiablé le ton
neutre et impersonnel accentuant le tragique de cette absurdité.
Un théâtre de marionnettes dans un décor dantesque
Du récit : espace réel, séquences vécues,
au discours :jeu de dislocation de l'espace et du temps.
1. Ce que le texte semble être : un éloge de la guerre ( repérer et
commenter les procédés employés qui semblent valoriser la guerre )
2. Ce qu'il est : une dénonciation de la bêtise et de la cruauté humain
La guerre est une horreur
la guerre est une absurdité
3. L'ironie et le réalisme au service de la dénonciation
Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants
après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d'une
faç on singulière. Le fond des sillons était plein d'eau, et la terre fort humide, qui
formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou
quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa
pensée se remit à songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de
lui ; c'étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et,
lorsqu'il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l'escorte. Ce qui lui sembla
horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en
engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres :
le sang coulait dans la boue.
Ah ! m'y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J'ai vu le feu ! se
répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. A ce moment, l'escorte allait
ventre à terre, et notre héros comprit que c'étaient des boulets qui faisaient voler la
terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d'où venaient les boulets, il
voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du
ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des
décharges beaucoup plus voisines ; il n'y comprenait rien du tout.
SITUER
Chapitre de LA CHARTREUSE DE PARME
consacré à la bataille de Waterloo , épisode qui correspond à la première expérience
de la mort du héros, Fabrice del Dongo, jeune noble milanais, admirateur de Napoléon. Sa
curiosité sa maladresse et son innocence créent des situations inattendues au milieu du
champ de bataille.
LIRE
Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instant
après................................................................................
INTRODUIRE
Récit qui présente les faits à travers
le regard de Fabrice plus observateur qu' acteur, mais il voit sans comprendre de là ce
sentiment d'une grande confusion. Procédé qui permet de présenter la bataille de façon
à la fois réaliste et subjective ( réalisme subjectif)
PLAN
1 : Importance des notations visuelles. 2 :
Un récit qui manque volontairement de cohérence.
Le 29 octobre , on touche aux fatales
collines de la Moskowa : un cri de douleur et de surprise échappe à notre armée . De
vastes boucheries se présentaient ,étalant quarante mille cadavres diversement
consommés . des files de carcasses alignées semblaient encore garder la discipline
militaire ; des squelettes détachés en avant , sur quelques mamelons* écrêtés ,
indiquaient les commandants et dominaient la mêlée des morts . Partout armes rompues ,
tambours défoncés , lambeaux de cuirasses et d'uniformes , étendards déchirés ,
dispersés entre des troncs d'arbres coupés à quelques pieds du sol par les boulets :
c'était la grande redoute * de la Moskowa .
Au sein de la destruction immobile on apercevait une chose en mouvement : un soldat
français privé des deux jambes se frayait un passage dans des cimetières qui semblaient
avoir rejeté leurs entrailles au dehors . Le corps d'un cheval effondré par un obus
avait servi de guérite à ce soldat : il y vécut en rongeant sa loge de chair ; les
viandes putréfiées des morts à la portée de sa main lui tenaient lieu de charpie* pour
panser ses plaies et d'amadou pour emmailloter ses os . L'effrayant remords de la gloire
se traînait vers Napoléon : Napoléon ne l'attendit pas .
Le silence des soldats , hâtés du froid , de la faim et de l'ennemi , était profond ;
ils songeaient qu'ils seraient bientôt semblables aux compagnons dont ils apercevaient
les restes . On n'entendait dans ce reliquaire que la respiration agitée et le bruit du
frisson involontaire des bataillons en retraite .Plus loin on retrouva l'abbaye de
Kotloskoï transformée en hôpital ; tous les secours y manquaient : là restait encore
assez de vie pour sentir la mort . Bonaparte arrivé sur les lieux , se chauffa du bois de
ses chariots disloqués . Quand l'armée reprit sa marche , les agonisants se levèrent ,
parvinrent au seuil deleur dernier asile , se laissèrent dévaler jusqu'au chemin ,
tendirent aux camarades qui les quittaient leurs mains défaillantes : ils semblaient à
la fois les conjurer et les ajourner*.
A chaque instant retentissait la détonation des caissons qu'on était forcé d'abandonner
. Les vivandiers jetaient les malades dans les fossés . Des prisonniers russes
qu'escortaient des étrangers au service de la France , furent dépêchés* par leurs
gardes : tués d'une manière uniforme , leur cervelle était répandue à côté de leur
tête .
Charpie = lambeaux de linge pour panser les
plaies .
Ajourner = leur donner rendez-vous dans la mort .
Dépêchés = abattus .
Le jour est venu tout d'un coup. Le mont
Kemmel fume de tous côtés comme une charbonnière. On est le long d'une route de saules:
des saules déjà touchés de printemps; des bourgeons de belle amitié qui s'ouvrent.
Les balles claquent dans les branches ; la peau d'herbe est toute blessée. L'étang
doucement s'en va, on le voit s'en aller dans les trous et puis s'enfoncer dans la terre.
Des vols d'obus passent, s'abattent, sautent, arrachent des branches, rugissent sous la
terre , se vautrent dans la boue, puis tournent comme des toupies et restent là. On
creuse à la pelle de trou à trou. On a tout le temps dans les jambes cet étang qui veut
s'en aller, et qui coule tantôt d'ici, tantôt de là, sans savoir. On le repousse, on le
frappe, il revient, il geint. On le frappe à coups de pelle. Un obus se plante là tout
près. On se couche sur l'étang et, tout de suite, il se met à lécher l'homme tout du
long, des genoux à la figure avec sa langue froide.
Là-haut à trois cents mètres, on voit un moulin. Un peu à gauche, un petit tas de
pierres. C'était un pigeonnier.
- En voilà un, en voilà un ! crie Jolivet.(Il y a un homme dans ce tas de pierres; on
vient de le voir se dresser. Il s'est découvert jusqu'au ventre) ... La vache! Donne un
fusil que je le règle.
L'homme apparaît, Jolivet tire.
Au bout d'un moment l'homme se montre encore, Jolivet tire
Au bout d'un moment l'homme se montre encore.
SITUER
Giono (écrivain régionaliste ? =
"chantre" de la Provence !) Panthéiste (attitude d'esprit qui tend à diviniser
la nature) Le Grand Troupeau : roman dont l'action se situe durant la Grande Guerre (14/18) .
(grandeur tragique d'une guerre à laquelle Giono a participé )
Le titre = une réalité =
référence aux troupeaux ramenés vers les plaines les premiers jours de la mobilisation
[défilé incessant]
Un symbole : métaphoriquement, il
s'agit de l'armée d'appelés qui souffrent et meurent sur le front .Assimiler l'armée à
un troupeau , c'est souligner la perte d'identité , d'individualité, c'est mettre en
évidence le caractère collectif et soumis de ces çetres auxquels a été retiré le
pouvoir de décision [ Armée =
bétail humain]
LIRE
INTRODUIRE
Episode du récit des combats sur le front
, une grande partie du texte est descriptive. Description qui met en évidence la
puissance destructrice de cette guerre qui n'épargne ni les hommes ni la nature .Climat
de violence exercé sur la nature(1) et sur les hommes(2).Un espace tragique .
PLAN
1. L'expression de la violence
2.La présence de la nature (une nature symbole de vie, une nature qui souffre)
3. Des marionnettes humaines
DEVELOPPEMENT
1. L'expression de la violence
a) Phrase initiale (structure,temps,lexique)
b) Les indices qui soulignent l'omniprésence de cette violence.
c) Une violence dévastatrice (pluriels , verbes d'action, les participe passé, le rythme
heurté, le présent de narration...)
2. La présence de la nature
Une nature symbole de vie : la caractérisation de la route, l'image
du printemps avec notamment le passif "touché de printemps" qui donne un
caractère merveilleux au phénomène) , le sentiment d'amour qui s'en dégageUne nature
qui souffre: les personnifications ( anthromorphisme) : l'herbe mais surtout dans la
description de l'étang ... animalisation et être fantastique ...
3. Des marionnettes humaines
L'indéfini "on" (anaphores) focalisation interne
(réactions mécaniques) sensations tactiles
Déplacement du regard : de l'étang au moulin ( d'un camp à l'autre)
Le discours réduit à l'essentiel (déshumanisé) , son caractère mécanique.
CONCLURE
Page qui est plus qu'un témoignage ( la
réalité est d'ailleurs transgressée ) : un réquisitoire contre la guerre qui est une
machine à détruire les êtres et les choses.
Ces Allemands accroupis sur la route ,
têtus et tirailleurs , tiraient mal , mais ils semblaient avoir des balles à en revendre
, des pleins magasins sans doute . La guerre décidément , n'était pas terminée ! Notre
colonel , il faut dire ce qui est , manifestait une bravoure stupéfiante ! Il se
promenait au beau milieu de la chaussée et puis de long en large parmi les trajectoires
aussi simplement que s'il avait attendu un ami sur le quai de la gare , un peu impatient
seulement .
Moi d'abord la campagne , faut que je le dise tout de suite , j'ai jamais pu la sentir ,
je l'ai toujours trouvée triste , avec ses bourbiers qui n'en finissent pas , ses maisons
où les gens n'y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part . Mais quand on y
ajoute la guerre en plus , c'est à pas y tenir . Le vent s'était levé , brutal , de
chaque côté des talus , les peupliers mêlaient leurs rafales de feuilles aux petits
bruits secs qui venaient de là-bas sur nous . Ces soldats inconnus nous rataient sans
cesse , mais tout en nous entourant de mille morts , on s'en trouvait comme habillés . Je
n'osais plus remuer.
Ce colonel c'était donc un monstre ! A présent , j'en étais assuré , pire qu'un chien
, il n'imaginait pas son trépas ! Je conçus en même temps qu'il devait y en avoir
beaucoup des comme lui dans notre armée , des braves , et puis tout autant sans doute
dans l'armée d'en face . Qui savait combien ? Un , deux , plusieurs millions peut-être
en tout ? Dés lors ma frousse devint panique . Avec des êtres semblables , cette
imbécillité infernale pouvait continuer indéfiniment ...Pourquoi s'arrêteraient-ils ?
Jamais , je n'avais senti plus implacable la sentence des hommes et des choses .
Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? Pensais-je . Et avec quel effroi !...Perdu
parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu'au cheveux ? Avec
casques, sans casques , sans chevaux , sur motos , hurlants , en auto , sifflants ,
tirailleurs , comploteurs , volants , à genoux , creusant , se défilant , caracolant
dans les sentiers , pétaradant , enfermés sur la terre comme dans un cabanon 1,
pour y tout détruire , Allemagne , France et Continents , tout ce qui respire , détruire
, plus enragés que les chiens , adorant leur rage ( ce que les chiens ne font pas ) ,
cent , mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! Nous étions
jolis ! Décidément , je le concevais , je m'étais embarqué dans une croisade
apocalyptique .
***********************
1 . Cabanon = asile d'aliénés
***********************
SITUER
"Notre vie est un voyage dans
l'hiver et dans la nuit, nous cherchons notre passage dans le ciel où rien ne luit"=
Extrait d'une chanson des gardes suisses (1793) mis en exergue par Céline (Louis
Ferdinand Destouches ) dans son roman Le voyage au bout de la nuit .
Peinture réaliste et satirique , écrite entre les deux guerres, ce récit à la
première personne relate dans un style parlé l'itinéraire de Ferdinand Bardamu, une
espèce de double de Céline. A l'instar de Candide , le héros découvre le monde et ses
horreurs : la guerre en Europe,le colonialisle en Afrique et l'industrialisation qui
asservit les hommes en Amérique. Nous sommes ici au début du roman : parti pour le
front, le narrateur découvre l'absurdité de la guerre.
LIRE
Ces Allemands accroupis sur la
route...dans une croisade apocalyptique .
INTRODUIRE
Récit où alternent observation et
reflexion du narrateur. Les scènes ne sont pas décrites, elles sont suggérés à
travers le monologue intérieur d'un spectateur passif, et amènent des interrogations
angoissées qui mettent à nue l'absurdité de la guerre. La langue populaire, par sa
spontanéité, accentue le caractère réaliste du passage .
PLAN
1. Le narrateur a) un antihéros b)
un anti romantique c) un locuteur surprenant
2. Les autres a) des êtres incompréhensibles b) le colonel
3. Une vision crtitique de la guerre a)une force b) un mécanisme incontrôlable c)
une imbécillité d) un témoignage
DEVELOPPER
1. Le narrateur a) un antihéros : Bardamu n'a pas les
caractéristiques du héros positif . Ce n'est pas un modèle , il a "la
frousse", face à l'ennemi, il est paralysé : "je n'osais plus bouger" et
il s'interroge constamment. Il n'a aucune certitude. Le texte comporte une ponctuation
très forte : nombreuses phrases exclamatives marquant la stupéfaction et interrogatives
. Interrogations auxquelles il n'apporte aucune réponse précise comme le souligne
l' adverbe "sans doute" (X 2) , le verbe dans le passage "cela pouvait
continuer" , le conditionnel "s'arrêteraient" . Tous ces éléments
soulignent le désarroi et l'incertitude du narrateur, panique qui ouvre sur un
constat effrayé.
b) Un anti romantique : Bardamu
a pour lui sa franchise et sa naïveté . Il avoue comme s'il était conscient qu'il
s'agit presque d'une tare , son dégoût pour la campagne "Faut que je le dise tout
de suite" et donc pour la nature lieu traditionnellement perçu comme propice à
l'épanouissement de l'individu . La nature , reflet de l'âme , lieu romantique par
excellence, représente pour lui tristesse et ennui profond. C'est un lieu de perdition
("chemins qui ne vont nulle part") où l'on s'embourbe ("bourbiers") ,
un désert humain ("n'y sont jamais").
c) Un citadin loquace et surprenant : Bardamu s'exprime facilement "faut dire ce qui est" ,
"faut que je dise", il ressent le besoin de s'exprimer avec spontanéité
, il use de ce parler des humbles dont la franchise met à nue les vérités . Syntaxe
relâchée propre à l'oral "j'ai jamais pu"...c'est à pas y tenir",
termes familiers "frousse" "cabanons",ou tournures familières
"c'est à pas y tenir" phrases non verbales et ellipses "pire qu'un
chien", "et puis tout autant sans doute dans l'armée d'en face"
comparaison rebattue"aussi simplement que s'il avait attendu un ami sur le quai de la
gare" ... son raisonnement ne progresse que par interrogations et
exclamations . Bardamu peut ainsi être vu comme un miroir , éventuellement déformant,
du lecteur d'autant que ce parler familier s'accompagne de termes et de formules soutenues
"bravoure" "trépas""sentence des hommes et de choses"
"croisade apocalyptique".
2. Les autres a) des êtres
incompréhensibles : les propos du narrateur soulignent la
distance qui le sépare des autres, des êtres qui ne fonctionnent pas comme lui , des
étrangers. Cela pourrait paraître logique lorsqu'il s'agit des allemands; cependant leur
hostilité se manifeste essentiellement par un entêtement. Cette véritable obsession ,
d'ailleurs mise en relief par les allitérations de la première ligne, est inexplicable.
Ils ne font preuve , eux, d'aucune réflexion, d'aucune analyse; ils agissent comme
une mécanique infernale mais une mauvaise mécanique.
b) Le colonel est d'abord perçu
comme un compagnon d'armes comme le montre l'emploi du possessif "notre
colonel". Mais , du fait de son comportement déconcertant , il rejoint le camp des
étrangers : le démonstratif "ce colonel" le range du côté des allemands
"ces allemands". Il est aussi dangereux qu'eux, aussi incompréhensible qu'eux:
il n'a rien d'humain "pire qu'un chien. Il n'imaginait pas son trépas" .
Un de ces "chiens enragés" évoqués plus bas.
3. Une vision critique de la guerre a) La puissance destructrice de la guerre est
d'abord marquée par l'emploi systématique du pluriel "les trajectoires"
"les bruits secs"..."des comme lui...des braves"... par les hyperboles
"des magasins","des balles à en revendre", "mille morts",
par un grand nombre de termes insistant sur la multitude
"beaucoup","plusieurs millions", "deux millions" "mille
fois plus". L'énumération qui met l'accent sur le caractère disparate des
"fous héroïques" mime une agitation omniprésente et bruyante. Tous ces
procédés concourent à créer un effet de masse , une amplification qui montre que nous
sommes bien dans le domaine de l'épique , mais il s'agit l'épopée du Mal.
b) un mécanisme incontrôlable
Une force inconnue : "les petits bruits secs" à l'origine indéterminée
"là-bas", "ces soldats inconnus" et aveugle comme le souligne le
terme "implacable" . Une force qui est vue comme l'application d'une
"sentence". Ce dernier mot laisse supposer qu'il s'agit d'un châtiment imposé
aux hommes par les hommes mais aussi par le monde "les choses". Ce qui donne à
cette force une dimension naturelle qui la rend impossible à maîtriser. La nature
d'ailleurs participe : c'est un lieu hostile, le vent est "brutal", les
peupliers perdent "leurs rafales de feuilles". Comme s'il y avait une espèce de
connivence entre les hommes et la nature, comme si le narrateur était confronté à une
universelle coalition, un processus monstrueux qu'il se dit seul à percevoir avec
lucidité; le conditionnel ("serais-je le seul lâche?") reproduisant la
naissance douloureuse de la prise de conscience de l'horreur .
c) Une imbécillité: le
vocabulaire employé est bien sûr dépréciatif, le colonel est présenté comme un
"monstre", "pire qu'un chien" superlatif absolu de l'opiniatreté.
C'est un imbécile, les expressions ironiques ne laissent aucune ambiguïté : "il
manifeste une bravoure stupéfiante", il fait partie des "braves". Les
expressions "Des comme lui" , "des êtres semblables" par leur
caractère évasif laissent deviner le mépris ressenti devant le degré de bêtise .
Enfin, la périphrase "imbécillité infernale" donne à la guerre lui donne une
dimension diabolique ; l'adverbe "indéfiniment" accentue l'hyperbole : la
guerre est inhumaine par sa nature et par sa durée. La dernière expression laisse même
suggérer qu'il s'agit d'une religion : la "croisade" des défenseur du culte de
la destruction .
d) Un témoignage :Bardamu est
plus spectateur qu'acteur, il réfléchit, il veut comprendre. La situation , un épisode
banal de la 1ere guerre mondiale, n'est pas perçu au 1er degré. Le narrateur prend de la
distance et analyse. Sa réflexion progresse comme le souligne la locution adverbiale
"A présent". Il juge les autres tout en s'interrogeant sur sa situation.Il met
en évidence sa solitude extrême: celle d'un homme seul parce qu'il réfléchit, parce
qu'il n'est pas emporté par la folie ambiante. A partir d'une anecdote, son analyse
s'ouvre sur une vision de la guerre en général et bien qu'il n'y ait aucune image
effrayante, la mort est omniprésente " on s'en trouvait comme habillé". C'est
donc le témoignage d'une situation sans issue , d'une prise de conscience de la
tragédie.
CONCLURE
La fiction au service de la
reconstitution historique . Les réflexions sur le vif d'un homme dont nous partageons les
angoisses .Aucune description réaliste dans un texte qui reflète la réalité de la
guerre . C'est l'idée qui est effrayante et la sincérité du narrateur , seul être
humain doué de raison , propose l'image d'une épopée malveillante menée par des êtres
dénués de sentiments . Ce réquisitoire est aussi une révolte .