Le règne animal

 
Les animaux jouent,

mais s'amusent-ils ?

Attendez

    Les animaux tels qu’ils ont été observés par de nombreux éthologistes et zoologistes présentent des types de jeux qui ont été classés en trois catégories principales:


Les jeux locomoteurs:

    Courir dans le vague, sauter n’importe où, cabrioler, caracoler, gambader, grimper sans but précis, se laisser tomber, nager pour rien, et même s’échouer sont des jeux locomoteurs, c’est-à-dire des jeux qui mettent en jeu le jeu des muscles. A propos de s’échouer on raconte que les Orques jouent à s’échouer sur les plages. Celles-ci s’exercent à l’échouage intentionnel qui aurait pour vertu selon certains (9) de les entraîner à la pêche au phoque et à l’otarie distraits. Rappelons qu'il est vital pour une orque de pouvoir replonger ses 9 tonnes de viande quand elle s'échoue accidentellement.

   On remarque en observant le monde animal le parallèle incontournable entre les jeux locomoteurs et les activités de l’adulte à la chasse. Les jeux de ce type sont des préparations musculaires aux rudes lois de la chasse et de la pêche qui attendent les adultes dans le règne animal.

    C’est en s’amusant de la sorte qu’il est possible pour un animal de créer ou d’innover en matière de roulade ou de saut vertigineux par exemple. Ce qui n’est pas sans aider l’évolution. Même si certaines trouvailles comportementales sont issues du hasard.


Les jeux d’objet:

    Jouer avec quelque chose dans la nature signifie surtout jouer en l’absence de quelqu’un ce qui implique plusieurs choses:

 - Que l’animal soit suffisamment haut dans l’échelle des espèces ** pour connaître le jeu social.

 - Qu’il soit seul à vouloir jouer et dispose ou s’invente un objet qui lui servira de partenaire.

    Eh oui, on le voit bien à partir du moment où les animaux adultes ont une structure sociale établie (comme les singes, les ongulés, et, en principe la majorité des mammifères et des oiseaux) leurs enfants jouent en groupe.

    Mais lorsqu’ils sont seuls ils peuvent s’inventer un « jouet » et le manipuler en tout sens, en renifler les contours, en deviner les recoins, etc. Il peut le jeter, s’en servir comme projectile, il peut éventuellement servir de médiateur entre deux joueurs, comme ces chiens qui tirent sur la même corde.

    Que peut bien apporter le jeu d’objet à celui qui le pratique. Il semblerait que ce soit un début d’entraînement à la maîtrise de la proie.

    On retrouve clairement cette racine dans le jeu du chat et de la souris. Combien de temps peut-il mettre pour que la souris ne lui file pas entre les pattes ? Il doit longtemps apprendre à maîtriser les possibilités de sa souplesse et de son agilité avant d’en tuer une du premier coup. Certains auteurs ont remarqué que plus le chat avait faim moins il passait de temps à se distraire de la course éperdue du souriceau essayant de s’arracher à la mort.

    Les oiseaux affectionnent particulièrement les jeux manipulatoires et il y a d’excellentes raisons pour cela.

    Les singes sont l’espèce à part à cause des mains, sans pouce opposable vous me direz, mais des mains quand même, et quatre en plus. Il leur est plus facile de se saisir des objets voir de faire des jeux vidéos (10).


Les jeux sociaux :

   Alors là, on en parlait tout à l’heure, il s’agit du jeu le plus noble.

Réservé à une petite clientèle de l’évolution (les mammifères surtout)

le jeu social est le jeu de l’invention, de l’épanouissement et du pouvoir bien sûr.

    Deux options pour le jeu social :

 - Il coordonne plusieurs membres dans une course effrénée vers un but précis, c’est la course-poursuite qui caractérise les jeux sociaux des animaux à quatre pattes (regardez deux chiens dans un jardin, les loups ou les lions font pareil). Bien sûr, devenus adultes ils ne se courront plus après mais de concert vers la même proie. Ils auront eu toute la jeunesse pour se familiariser à tous les détails de la course, à la ruse, à l’affût, au sens du vent, à l’évaluation de leurs possibilités (détail important pour le guépard qui risque de mourrir d’épuisement s' il ne parvient pas à saisir ses proies lors des premiers assauts), etc.

 - Il divise, il oppose, il bouleverse les fondements de la structure sociale. Le jeu de lutte est l’un des plus remarquable de la gent animale. Mettez deux chiens mâles d’environ 6 mois dans un jardin et observez-les: Aussitôt qu’ils auront fini de se poursuivre ils vont se mettre à se battre, mais doucement, sans retrousser les babines, ni les poils de leur échine, pour ne pas se faire vraiment mal.

    Les dents ainsi couvertes sont en fait un signal qui dit en quelque sorte « Eh ! Regarde ami ! Mes intentions ne sont point belliqueuses, j’aimerais simplement que nous puissions pratiquer un pugilat amical sans conséquence ».

    Mais parfois, cette phrase si bien exprimée par les animaux en présence peut revêtir un double sens: on fait signe de masquer les dents mais on brutalise quand même pour s’assurer le dessus. Cela s’appelle, dans le langage humain, tricher. Et certaines espèces de singe et les chacals (6) en sont capables. Tout comme certains font semblant d’être plus faibles qu’ils ne le sont réellement pour qu’on continue à jouer avec eux (Pascal Broomhead sur Pyramide. Ah bon, il fait pas semblant...).

   Qu’apporte ces jeux ? Tout d’abord une habileté au combat et à la chasse. Mais en ce qui concerne le deuxième cas il entraîne aussi les animaux à se préparer aux durs combats qui régissent la structure de leur société de bêtes.

    Une grande différence avec l’espèce humaine ? L’animal joue surtout lorsqu’il est enfant ou en cage. L’enfance serait-elle une prison, ou la prison un formidable outil de régression mentale et sociale. Certains auteurs pensent que l’animal encagé joue pour se distraire. Mais où est passé la notion de plaisir dans tout ça, l’amusement, l’insouciance...

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Jeu HUMAIN