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« Ici, c'est chez lui » Taous Zidane, la tante, n'en peut plus de bonheur. Cette vieille dame, vêtue d'une robe traditionnelle, tête coiffée d'un fichu et mains teintes au henné, s'est pour la première fois de sa vie intéressée au foot. « Je suis si fière de lui, répète-t-elle. Je l'attends mon neveu. Ici, c'est chez lui. » Ibrahim, son fils, habite toujours la demeure familale. Grâce à la parabole et à son magnétoscope, il a vécu en direct la victoire de son cousin et repasse, en boucle, les cassettes du match. « Quand il a eu son carton rouge, on était catastrophés. Et contre le Brésil, on a retenu notre souffle. Après les deux têtes de Zizou, ça a été du délire. » A vingt kilomètres à la ronde, personne ou presque n'a dormi cette nuit du 12 juillet. Au Berbère, un café aux allures de hangar dont les murs s'ornent de photos du meneur de jeu des Bleus, on a fait la fête toute la nuit. Farid était là : « Ce soir-là, je me suis cassé la voix. » Il égrène des souvenirs déjà anciens : « J'ai joué avec Zizou dans un match amical contre un village voisin. On a gagné deux à un. Et c'est lui, bien sûr, qui a marqué les buts. » C'était en 1986, la dernière fois qu'on a vu ici celui que tous considèrent comme l'enfant du pays. Aissa, un retraité à moustache et cheveux blancs, est un peu la mémoire du village, et l'un des plus anciens amis de Smaïl, le père de Zinedine. « On est partis ensemble à Paris en 1952. On habitait la même rue. Yazid (l'autre prénom de Zinedine) était un petit garçon très doué, très calme. Smaïl me téléphone souvent. Il doit venir dans quelques semaines. En 1986, il est venu pendant les vacances d'été. Zinedine était avec lui. Il est resté presque un mois. Il avait plein de copains. Et bien sûr il a joué au foot avec les gars du village. » Le Berbère est envahi par une foule de supporters fous d'enthousiasme quand on évoque celui dont ils sont tous, plus ou moins, les cousins. « C'est formidable que ce soit un Kabyle, un Algérien qui ait fait gagner la France », exulte Abdallah, lui aussi un peu parent de Zizou. « L'honneur retombe sur l'Algérie, la Kabylie, le village... et la famille. Il a démontré que quelqu'un de notre pays pouvait parvenir au sommet et battre tout le monde. » « Le meilleur moyen de s'en sortir » Les enfants, qui, tous les jours, entendent l'histoire du fabuleux cousin, ont les yeux pleins de rêve. Un rêve qui s'appelle Zinedine Zidane, à la fois si proche, et si loin. « Le foot, c'est le meilleur moyen de s'en sortir, dit Rachid, quinze ans. Zizou l'a fait. D'autres le peuvent aussi. » Le village tout entier attend le retour du héros. « Son père est formidable. Mais c'est lui qu'on veut voir. Il faut qu'il vienne au moins une fois. Son honneur retombe sur tout le monde, s'enthousiasme l'adolescent. C'est un exemple pour les jeunes et pour l'Algérie. On l'attend. A l'entrée du village, sur un mur, une main malhabile a tracé, il y a des semaines « Vive Zidane ! ». « Ce qu'on aimerait bien écrire maintenant insiste Farid c'est Bienvenue Zizou ! » |
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