NICO - CHELSEA GIRL
Philippe Blanchet
Rock & Folk, no. 254, Juillet/Août 1988, p. 106
 L'égérie du Velvet et de la galaxie Warhol, au fil d'un disque culte enregistré en 1969 (et aujourd'hui réédité en série économique). Des compositions de Jackson Browne ("These Days", "Somewhere There's A Feather"), Dylan ("I'll Keep It With Mine"), Tim Hardin et bien sûr John Cale, Lou Reed et Sterling Morrison. Le spleen frileux d'une voix grave dans les zones d'ombre d'un rock traînant ou convulsif. Pour la vénéneuse insomnie de "It Was A Pleasure Then", chef-d'oeuvre de ce top model pâle perdu entre la Dolce Vita et l'underground new-yorkais. Un des disques préférés d'Etienne Daho.
THE BEST OF VELVET UNDERGROUND
Francis Dordor
Best, no. 260, Mars 1990, p. 100
L'idée (mais peut-on appeler ça une idée?) de brochetter une quinzaine de chansons du Velvet et d'estampiller le tout «Best Of» (bienque le Velvet n'ait jamais eu l'ombre d'un hit) relève de la politique commerciale la plus veule et stupide qui soit. Voilà l'exemple parfait du disque qui ne sert à rien. La seule astuce qui pouvait rendre à cette initiative le gage d'une certaine utilité, aurait été d'en assurer la promotion avec le renfort de la pub télé. Un spot sur le Velvet Underground entre ceux de Pampers et Tampax, voilà qui justifiait enfin aux yeux du monde la réputation de groupe sale et pervers qu'il coltine depuis toujours. Ce «Best Of» s'adresse à ceux qui possède déjà l'intégrale du V.U., ceux qui ne manqueront pas d'en souligner les dissonances. Chaque album du Velvet possède son intégrité, sa propre révélation. La glacis liturgique du premier album ne peut épouser la fournaise claustrophobe du second qui elle-même fusionne assez mal sur l'angélisme feutré du troisième. Il y avait mille façons plus intéressantes de compiler le Velvet (death songs, sex songs, drug songs). Celle-ci s'appuie platement sur la récente résurrection commerciale de Reed. En outre ce «Words And Music Of Lou Reed» en sous titre résonne comme une goujaterie de trop giflée à la face du fantôme de Nico.
CHRONICLES
Steven Breath
Rock & Folk, no. 297, Mai 1992, p. 87
Produit inconnu en Europe. Compilation dix-sept titres, de "Pale Blue Eyes" à "Andy's Chest", dont deux morceaux live, "Sweet Jane" et "Rock 'n' Roll, directement issus du mémorable "1969". Aaargh!...
|
THE VELVET UNDERGROUND (French Polydor 4-CD box set)
Bruno Blum
Best, no. 265, August 1990, p. 83
Il existe huit albums officiels du Velvet Underground avec Lou Reed. Les quatre premiers - la «banane» avec Nico, «White Light», le troisième, et l'excellent «V.U.» sorti en 1985 - font l'objet d'un coffret de disques compact servi dans un emballage format 33 tours, avec un livret de photos magnifiques, et inédites jusqu'ici. Les disques Verve n'ont pas cru bon d'inclure leur très bon «Another View» sorti en 1986, mais le distributeur français du Velvet, Polydor, nous fait cadeau d'un c.d. de cinq inédits (!) sublimes (qui mériteraient d'être sorti depuis vingt ans) ce qui vaut encore mieux. Le c.d. gratuit en question est une édition limitée, qui ne sera donnée qu'avec quelques milliers d'exemplaires du coffret. Le premier titre est une pub radio que l'on trouvait sur un 45 tours aujourd'hui rarissime, sorti en 1968 avec leur troisième album. On y entend un extrait de «I'm Set Free» et de «What Goes On» en musique de fond, sur laquelle Bill «Rosko» Mercer (un animateur radio new-yorkais connu alors) lit un texte écrit par Steve Sesnick (manager du groupe) vantant les mérites du Velvet. Viennent ensuite trois fabuleuses chutes du génial double album en public «1969»: «One Of These Days» (avec Sterling Morrison au bottleneck), «Pale Blue Eyes» et «I'm Sticking With You» un duo entre Maureen Tucker et Lou Reed, live au Texas fin 1969. Le disque se termine avec une trouvaille, sans doute une chute du troisième album, la seule version de «Ride Into The Sun» complète par le Velvet Underground. Cool, classieuse, inédite. On en connaissait une version sans voix sur «Another View» ou sans le Velvet sur le premier album solo de Lou Reed, mais en voici enfin la lumineuse version originale, succulente malgré quelques craquements lointains. Ces enregistrements ont bien sûr été réalisés après le départ de John Cale en 68, et c'est donc Doug Yule qui y assure les choeurs, et la basse. Quant aux quatres autres albums du coffret, ils recèlent la plupart des chef-d'oeuvres du Velvet Underground, un des quatre ou cinq plus grands groupes des années soixante.
LOADED
Bruno Blum
Best, no. 291, Oct. 1992
"All songs written and performed by the Velvet Underground". Une mention qui orne encore la pochette de ce disque, vingt ans après que Lou Reed ait gagné son procès contre les autres membres du groupe. Oui, c'est bien lui qui a écrit tous les morceaux. Ce n'est pas le Velvet underground. La splendeur de la version originale de "Sweet jane", méconnue, se trouve ici. De "Rock And Roll" aussi. Mais Moe Tucker, la femme batteur, est enceinte, et c'est Billy Yule, le frère du bassiste Doug Yule, qui vient la remplacer pour quelques ultimes concerts au Max's Kansas City. C'en est trop pour Lou, qui ne supporte plus l'ego de Doug, flanqué de son frérôt. Il quitte le premier groupe "d'avant-garde" de l'histoire du rock en plein mixage. C'est alors Doug Yule qui prend le pouvoir, mixant le disque, se créditant généreusement co-compositeur, multi-instrumentiste, et ce en tête de liste. Il ira jusqu'à effacer la voix de Lou pour chanter lui-même quelques titres, et il tronquera la fin de "New Age" sur un coup de tête. Excédé par l'insuccès. Pourtant, une fois sorti, ce fantastique album sera - enfin - bien accueilli par la presse et le public. Mais c'est trop tard : Lou est parti. Sans lui, ils feront encore "Squeeze" (insipide) et une tournée anglaise. Et oui, malgré tout, "Loaded" est un chef d'oeuvre ! Que se serait-il passé si Lou était resté ? Deux ans plus tard, il enregistrait "Walk On The Wild Side" avec Bowie... Le reste, c'est de l'histoire.
WHAT GOES ON
Bruno Juffin
Rocksound, no. 7, p. 62, Sep.-Oct. 1993
Jean-Daniel Beauvallet
Les Inrockuptibles, no. 49, p. 88, Oct. 1993
LIVE MCMXCIII
Nick Kent
Libération, no. 3878, Nov. 9, 1993
Cinq mois seulement après les trois shows de l'Olympia parisien, voici, en deux CD, les deux heures et quelque de concert que le Velvet Underground y donna chaque soir pour célébrer sa reformation. On se rappelle que ces concerts devinrent en juin demier le sujet d'âpres controverses, plusieurs rock-critiques vieille école reprochant à Reed, Cale, Sterling Morrison et Mo Tucker d'oser contredire leur concept du legs "parfait" du groupe "mythique" en remontant au front vingt cinq ans après. Ce qui s'appelle être à coté de la plaque. Plusieurs membres du groupe ont beau avoir la cinquantaine bien tapée, l'énergie et l'impact renouvelés que les quatre Velvet peuvent encore insuffler à leur fomidable répertoire ont conféré à ces concerts l'excitation d'un exercice rock aventureux, viscéral et vivant - aux antipodes de quelque tiède exposé de nostalgie cynique. Le sens de l'unité, la joie pure et vibrante qui se manifestent dans l'interprétation de vieux standards comme Sweet Jane, Rock'n'Roll, I'll Be Your Mirror et Beginning To See The Light, redonnent une deuxième vie à ces chansons, tandis que d'autres, moins connues, fournissent au disque ses tous meilleurs moments: cf Hey Mr Rain, et particulièrement l'improvisation à couper le souffle entre le violon maniaque de John Cale et la guitare détrempée d'influences hendrixiennes de Lou Reed qui lui sert de longue introduction. Moins bien: les deux nouvelles chansons, et cette fastidieuse tendance occarionnelle de Lou Reed à allonger la sauce de ses lyrics (façon Bob Dylan); sans oublier une médiocre version de Some Kinda Love, pourtant sommet point d'orgue du récital de l'Olympia. Tout le reste est hautement recommandable.
Bruno Juffin
Rocksound, no. 8, p. 63, Nov. 1993
Stéphane Deschamps
Les Inrockuptibles, no. 51, p. 82-83, Dec. 1993
PEEL SLOWLY AND SEE
Voyage au centre de la terre
Francis Dordor
Les Inrockuptibles, no. 27, p. 48, Oct., 1995
Nick Kent
Libération, Dec. 23-24, 1995
Deux coffrets ont déjà été publiés, réunissant l'intégralité des titres live et studio enregistrés par le très influent Velvet Underground new-yorkais de la fin des 60's.
Il n'en reste pas moins que cette anthologie s'impose sans problème comme la compilation définitive du groupe avec non seulement tous les titres originels en version studio, mais aussi quantité de prises alternatives intéressantes (plusieurs chansons gravées par Reed au début de sa carrière solo comme Satellite Of Love, figurent notamment ici sous la forme de maquettes bien meilleures enregistrées avec le Velvet), des remixes, des rétablissements attendus (Sweet Jane pour la première fois présenté en version studio avec son final d'origine) et - la curiosité du lot - un CD entier dévoilant les tous jeunes Lou Reed, John Cale et Sterling Morrison de 1965, qui répètent des chansons comme Heroin et Venus In Furs à la guitare acoustique et tâtonnent de façon presque pittoresque en essayant de capturer l'ambiance sombre et morose qui deviendra leur griffe. En bonus, un livret superbement illustré et d'excellentes notes de pochettes signées du journaliste de Rolling Stone David Fricke.
NYC 1
Bates
Les Inrockuptibles, no. 15, Feb.-Mar. 1989
Pour tous ceux qui sont tombés dans le Velvet, petits ou pas, la demière et ultime mania arrive d'Australie. Non pas un nouvel album comme l'absolu VU. Pas d'inédits, simplement un témoignage d'archiviste besogneux constitué de live, de démos et de rareté. Celle du premier 45t de Nico, 1965, sous la fervente impulsion de Jimmy Page ou. déja plus que belle de magazines et pas encore belle de rock, elle poussait la chansonnette, candide mais déja presque désabusée. avant sa descente aux enfers, rock, drugs, destroy. Du live, son pourri, émotion intacte, avec un moment d'intense folie. "I can't stand it", électrisé. enlevé à 100 à l'heure avec un mémorable solo de guitare du Lou qui, à force de plantage et de volume maximum, assène un coup définitif. De la demo, celle de "Andy's chest", futur pierre d'angle de "Transformer", celle de "Rock'n'roll", où Lou Reed pose en rocker énervé, élevant une voix stridente comme rarement. A l'heure où il sort son meilleur album depuis des lustres, cette anthologie, pour accros, apporte un constat étonnant d'à-propos. Avec John Cale, avec les autres, seul, en 1965, en 1989, amphétaminé ou pédé, en cuir ou en clean, pailleté ou avec sa guitare, Lou Reed est unique, incontournable.
Home
Compiled by Olivier Landemaine
. |