|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
I Symphonie no 1 en ré mineur/D Minor, Op.14
II Symphonie no 2 en mi mineur/E Minor, Op.20
Total time : 7351
LOUIS VIERNE : SYMPHONIES POUR ORGUE Nos 1 & 2 Lun des plus grands paradoxes du post-romantisme - et peut-être lun de ses charmes - est le mariage dune charge expressive lourde de malheurs et de chagrins avec le plaisir avant tout physique de lénergie virtuose. Comme Rachmaninov au piano, Louis Vierne est un parfait exemple de ce paradoxe. Il le porte jusque dans ses deux maîtres : César Franck, musicien de lextase et de la passion, et Widor, le modèle après Lefébure-Wély du brio et de la mondanité à lorgue. «La fermeté de larchitecture, la richesse et la plénitude de lécriture, léclat des thèmes, voilà ce que Vierne a trouvé auprès de lorganiste de Saint-Sulpice (Widor)», écrit le musicologue Norbert Dufourcq qui lavait bien connu, et qui poursuit : «Il sait y ajouter beaucoup, notamment lenvolée et la noblesse de la pensée, la distinction des idées, la générosité, le raffinement du cur. Aussi bien, si Franck, puis Widor et Guilmant ont ouvert lorgue au romantisme, cest Louis Vierne qui nous semble être le plus brillant représentant du mouvement, cest lui qui le mène à son apogée.» En effet, Vierne apparaît à bien des égards comme le parfait continuateur de ses maîtres, ne fût-ce que du point de vue des dates, puisque sa Première Symphonie date de 1899, tandis que la Romane, dernière de Widor, sera écrite en 1900. Ainsi le genre de la symphonie pour orgue se perpétue-t-il sans discontinuité. Dautre part, son esthétique sonore reste bien la même, fidèle à «lorgue moderne» de Cavaillé-Coll, reposant sur le procédé du crescendo par ajouts progressifs de groupes de jeux initié par Lefébure-Wély et Franck. Naturellement, cest dans ses deux premières symphonies que cette continuité est particulièrement saillante, quand bien même elles trahissent, et de façon flagrante, lindividualité de leur auteur. Toutes deux peuvent être considérées comme des formes en cinq mouvements, avec un Scherzo pour mouvement central, encadré par deux mouvements lents toujours très différents lun de lautre. Toutes deux débutent aussi comme des hommages à Widor : la Première par un prélude et fugue, tout comme la Quatrième de celui-ci, la Seconde par un Allegro à deux thèmes, dont lallure conquérante évoque assez la Sixième du maître de Saint-Sulpice. De même, les Finals sont dans la droite ligne de ceux de Widor, avec leurs accents de triomphe et le brio de leur exigence virtuose - surtout celui de la Première, où le thème principal est présenté au pédalier sous un motif daccompagnement carillonnant, comme dans la célèbre Toccata de Widor. Linfluence de Franck est davantage sensible dans le chromatisme des thèmes, dans la mélodie du hautbois de la Pastorale de la Première comme surtout dans la construction du Choral de la Seconde, qui est un hommage non déguisé. Quant à la patte personnelle de Vierne, elle est manifeste avant tout dans ses Scherzi, et les mouvements lents pénultièmes. Vierne est en effet le premier à oser adapter réellement à lorgue ce genre essentiellement orchestral quest le Scherzo. Lintitulé se trouvait certes déjà chez Widor, mais sans le contenu ironique, mordant quy sait mettre Vierne. Dans les deux premières symphonies, celui-ci ne va pas jusquaux déhanchements grinçants, goyesques, quil outrera dans les dernières jusquà lexpressionnisme, mais déjà une rythmique caractéristique, renforcée par le systématique de larticulation piquée et lusage du registre aigu, reflète une Phantasie quon pouvait penser auparavant lapanage dun Mendelssohn ou en France de Berlioz, et donne à la gaieté forcée du genre lallure dune «politesse du désespoir». Sans doute la notion de romantisme est-elle bien floue, mais la musique de Vierne dépasse de loin le cadre privilégié de ce mouvement. Même le sentiment religieux très profond qui imprègne toutes ses uvres - Vierne prônait que lorgue était «une manière de prier comme une autre» - est fort éloigné de la piété tendre, des larmes de componction qui baignent la dévotion romantique, dans le sillage de Chateaubriand. Le romantisme de Vierne, cest celui des poètes maudits, marqué du sceau du malheur ; car si sa musique est la dernière écrite à la gloire de lorgue créé par le facteur Cavaillé-Coll, et plus particulièrement celui de Notre-Dame de Paris, dont il était titulaire, il trouve surtout «en cet orgue symphonique, le moyen dépancher une âme toujours angoissée, jamais au repos» (N. Dufourcq). «Je suis le Ténébreux, le Veuf, lInconsolé...», semblent dire toutes ses uvres, non seulement celles écrites pour son instrument, mais aussi celles pour le piano, et surtout sa musique de chambre. Cest dans les mouvements lents quest le plus sensible le pessimisme de Vierne, soit quil se pare des velours profonds de la mélancolie, sur de sombres et gras ensembles de fonds de 8 pieds, soit quil chante la tristesse à la première personne, sur un hautbois ou une trompette. Cest toujours le Poète qui parle ; mais dans les uvres de jeunesse - relative - que présente cet enregistrement, la méditation douloureuse nest encore quun moment de répit avant le tumulte joyeux, voire triomphal, du dernier mouvement, où, selon le conseil du vieux Dom Bedos, lorganiste se fait paraître en faisant paraître linstrument. Viendra le temps où léclatement final de tous les jeux de lorgue, rituel pour terminer de telles uvres, ne sera plus quune apothéose sonore de la tragédie humaine. -Henri de Rohan-Csermak
LE GRAND
ORGUE DE
LABBATIALE Nous navons en Europe quun seul et unique facteur dorgues, lequel est un grand artiste... Cest M. Cavaillé-Coll. Les autres sont aussi loin de lui que la prose dun apprenti littérateur de celle de Pascal ou de Bossuet...» (Charles-Marie Widor). Issu dune longue série, riche de 630 instruments, commencée cinquante ans auparavant (en 1840) avec lorgue de la Basilique de Saint-Denis, le grand orgue de labbatiale Saint-Ouen de Rouen est le dernier chef-duvre dAristide Cavaillé-Coll. Placé dans le buffet construit en 1630 par Crespin Carlier, et articulé autour des deux plans sonores du Grand Orgue/Bombarde et du Récit, que complètent le Positif et la Pédale, linstrument possède une vaste palette lui permettant daborder un large répertoire, ainsi que certaines caractéristiques essentielles lui conférant une place à part dans luvre du facteur. On notera de prime abord la richesse des jeux de fond, auquel un ensemble complet de gambes de 16, 8 et 4 pieds apporte tranchant, fraîcheur et précision. Même équilibre avec les jeux danche dont la famille des trompettes, rehaussée dune Trompette et dun Clairon harmoniques placés en chamade au grand orgue, est complète du 32 au 4 pieds. Le reste de la catégorie des jeux danche présente un spécimen de chacun de ceux en usage alors : Basson, Cor Anglais, Hautbois, Cromorne, Clarinette et Voix Humaine. Deux plein-jeux, 2 cornets et un Carillon viennent illuminer cet ensemble prestigieux auquel 3 ondulants, dont une rarissime Voix Eolienne, apportent leurs accents suaves. Une mention spéciale doit être faite à la disposition particulièrement riche du Récit expressif. Véritable instrument dans linstrument, il sagit en fait dun orgue complet de vingt jeux, ayant ses 16 pieds à bouche et à anche, un effectif de fonds bien nourri, un puissant grand-chur, un système entier de mutations et, en même temps, une très grande variété de jeux de détail. Enfin, une lecture attentive de la composition permettra de remarquer quun jeu sur quatre sonne en 16 ou 32 pieds ! Lorgue fut inauguré le 17 avril 1890 par Charles-Marie Widor qui sexclama : «Il y a du Michel-Ange dans cet orgue... cest un lion muselé... quelle puissance, quelle plénitude».
Yves Castagnet est né en 1964 à Paris. Après ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (récompensées par 5 Premiers Prix), il a remporté en 1988 le Grand Prix dInterprétation du Concours International «Grand Prix de Chartres». Il est titulaire de lorgue de chur de Notre-Dame de Paris.
LOUIS VIERNE : SYMPHONIES FOR ORGAN Nos. 1 & 2 One of the greatest paradoxes of the post-Romantic movement - and perhaps one of its charms - was its fusion of a heavy expressive burden of griefs and misfortunes with the primarily physical pleasure of virtuoso energy. Like Rachmaninov at the piano, Louis Vierne was a perfect example of this paradox. In his case, it even extended to his choice of two masters: César Franck, a composer of ecstasy and passion, and Widor, the model (after Lefébure-Wély) of brio and worldly savoir-faire on the organ. «Solidity of architecture, compositional richness and fullness, thematic sparkle are what Vierne found in the organist of Saint-Sulpice (Widor)», wrote the musicologist Norbert Dufourcq, who had known Vierne well and who continued, «He was able to add much to these qualities, in particular loftiness and nobility of thought, distinction of ideas, generosity, and emotional refinement. Thus, if Franck and later Widor and Guilmant paved the way to Romanticism on the organ, it was Louis Vierne who seems to us the most brilliant representative of the movement and who brought it to its point of culmination.» Indeed, Vierne appears in many respects to have been the perfect continuator of his masters - even from the viewpoint of dates, for his First Symphony was completed in 1899, whereas Widors last, the Symphonie romane (Romanesque), was written in 1900, and the symphony-for-organ genre carried through without a break. Furthermore, Viernes sonic aesthetics remained the same - that is, faithful to Cavaillé-Colls «modern organ» and based upon the crescendo technique, by the gradual accumulation of groups of stops, that Lefébure-Wély and Franck had initiated. Of course it is in his first two symphonies that this continuity is particularly noticeable, even though they betray, in flagrant fashion, their composers individuality. Both of them can be considered in five movements, with a Scherzo at the center framed, in each case, by two dissimilar slow movements. Moreover both begin as homages to Widor: the First by a prelude and fugue (like Widors Fourth Symphony) and the Second by an Allegro with two themes, the swaggering air of which strongly remind us of the Sixth by the master of Saint-Sulpice. Even the Finales are direct descendants of Widors, with their triumphant ambience and the liveness of their virtuoso demands - notably that of the First, in which the main theme is presented by the pedal beneath a carillon-like accompaniment, as in Widors famous Toccata. Francks influence is felt more in the chromaticism of the themes, in the hautbois melody of the Pastoral in the First, and especially in the construction of the Choral in the Second, which is undisguised in its admiration. As for Viernes personal contribution, it is above all evident in the Scherzos and the second slow movements. In fact Vierne was the first to dare openly to adopt the essentially orchestral genre of the Scherzo. Widor had used the title but without the ironic, cutting tone that Vierne put into his. In the first two symphonies, Vierne did not go as far as the Goya-like, jarring, lame gait that he would exaggerate in his last two symphonies almost to Expressionism, but already a characteristic rhythm, reinforced by his systematic practice of staccato and of the high register, reflects a Phantasie that earlier one might have assumed was the prerogative of Mendelssohn - or, in France, Berlioz - and that changes the forced gaiety of the genre into a representation of «the politeness of despair.» Undoubtedly the definition of Romanticism is vague, but Viernes music goes well beyond the given framework of that artistic movement. Even the very profound religious feeling animating all of this works - Vierne considered playing the organ «a way of praying like any other» - is a far call from the tender piety and contrite tears that bathed Romantic devotion in the wake of Chateaubriand. Viernes Romanticism was that of the «accursed poets» indelibly marked by the seal of misfortune, for if his music was the last written to the glory of the organ conceived by Cavaillé-Coll - and especially that of Notre-Dame in Paris (where he was the titular organist) - he found above all «in this symphonic organ the means of pouring out his always restless, anguished soul» (N. Dufourcq). «I am the Somber One, the Widower, the Disconsolate One», his works all seem to say, not only those written for his instrument but also those for piano, and especially his chamber music. It is in his slow movements that Viernes pessimism is the most perceptible, whether because he put on the dark velvet of melancholy, in the dusky, throaty ensembles of 8-foot foundation stops, or because he expressed his sadness in the first person singular, on a hautbois or on a trompette. It is always Vierne-the-Poet who is speaking, but, in the works of his (relative) youth on this compact disc, sorrowful meditation lasts only a short while before the entry of the joyful tumult of the last movement, in which, according to the old saying of Dom Bedos de Celles, «The organist shows himself off while showing off the instrument.» The time will come when the final explosion of the entire assemblage of organ stops - a ritual carried out at the end of all such organ works - will no longer be anything but the sonic apotheosis of the tragedy of mankind.
THE
LARGE
ORGAN In Europe there is one, and only one, organ builder, and he is a great artist: Monsieur Cavaillé-Coll. The others are as unlike him as the prose of an apprentice man-of-letters is unlike that of Pascal or Bossuet» (Charles-Marie Widor). Coming after a long series of 630 organs, which he had started with the instrument of Saint-Denis Basilica fifty years earlier (in 1840), the organ of Saint-Ouen Abbey Church in Rouen was Aristide Cavaillé-Colls last masterpiece. Placed in the organ case that had been built by Crespin Carlier in 1630 and centering upon the two sonic planes of the Great Organ / Bombarde and the Solo Organ (Récit) complemented by the Choir Organ and the Pedal Organ, this instrument has a vast palette permitting peformance of a large repertoire, as well as certain essential characteristics distinguishing it from its builders other organs. Let us first take note of the wealth of jeux de fond (foundation stops), on which a complete set of 16, 8 and 4-foot viola da gambas confers keenness, freshness, and precision. A similar stability exists among the reed-stops, of which the family of trompettes (enhanced by a trompette harmonique and a clairon harmonique placed in the Great Organ) is complete from 32-foot through 4-foot pipes. The remainder of the reed-stops offers an example of each of the reeds then in use: basson, cor anglais, hautbois, cromorne, clarinette and vox humana. Two plein-jeux, two cornets, and a carillon clarify this marvelous ensemble, to which three tremulants including an extremely rare voix éolienne add mellowness. Special mention must be made of the particularly rich layout of the Récit expressif. A true instrument within the instrument, it is in fact a complete twenty-stop organ having 16-foot flue and reed pipes, very strong foundation stops, a powerful grand-choeur, an entire set of mutation stops, and at the same time a wide variety of solo stops. Finally, a careful reading of the specifications will show that one out of every four stops sounds as a 16-foot or 32-foot pipe! The instruments was inaugurated on April 17, 1890 by Charles-Marie Widor, who exclaimed, «This organ reminds me of Michelangelo... It is a muzzled lion... What power, what fullness!»
Yves Castagnet Yves Castagnet was born in Paris in 1964. After studying at the Conservatoire National Supérieur de Musique in Paris (where he obtained five Premiers Prix), he won the Grand Prix dInterprétation in the «Grand Prix de Chartres» International Competition. He is titular organist of the choir organ in Notre-Dame Cathedral in Paris.
I Positif de dos (Choir organ)
II Grand orgue (Great organ)
III Récit expressif (swell organ)
* = Jeux introduits par Appel (Stops engaged by combination pedal)
Une nouvelle prise de son : le système TTL Inscrire le son dans son contexte naturel, lui préserver sa couleur dorigine, sans recours à des procédés de prise et de correction du spectre sonore propres à le dénaturer, tel est lapport exceptionnel du système TTL. Remarquablement adapté à lenregistrement de musique pour orgue pour lequel il fut conçu et développé, le système 4TTL7 permet, grâce à un procédé unique de "spacialisation du volume sonore", de focaliser linstrument afin den tirer toute la quintessence et dexploiter plus encore les ressources dynamiques de lenregistrement numérique.
Enregistrements TTL réalisés
les 15, 16 avril 1993. |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||